(en ordre alphabétique par nom patronymique)

Jean d’Arcet (1634-1659), notaire royal à Doazit (actuel département des Landes), épousa Marguerite Violle (1637-1707). Cette famille appartient à la petite noblesse de Chalosse (Aquitaine) ; l’armorial d’Hozier de 1696 lui donne « d’azur à tour d’argent ».

Jean d’Arcet (1659-1727), juge royal à Doazit, épousa en 1693 Marie de Labeyrie Hourticat (1667-1702). Jean était le fils du précédent.

François Antoine d’Arcet (1695-1773), fils de Jean d’Arcet (1659-1727) et de Marie de Labeyrie Hourticat. Lieutenant général du baillage de Gascogne ; il bénéficiait d’une certaine notoriété, due au fait que jamais une de ses décisions ne fût réformée par le Parlement de Bordeaux. Il épousa en 1723 Marguerite d’Audignon (1697-1728, fille d’un avocat) puis, après son veuvage, Jeanne-Marie d’Arbins (1708-1788), veuve de Léon de Cès. Je descends en ligne directe de ce personnage (7e génération).

Jean d’Arcet (1724-1801, dit Jean Darcet pendant la Révolution), fils de François Antoine d’Arcet et de Marguerite d’Audignon. À la fin de ses études secondaires, Jean d’Arcet refusa d’envisager de succéder à son père dans la magistrature, et donc de suivre des études de Droit (d’autant qu’il était très attiré par les sciences naturelles ; de plus, il était en mauvais terme avec sa belle-mère, la seconde femme de son père). Son père, fâché, lui refusa toute aide (et le déshérita par acte notarié, faisant passer le droit d’aînesse au premier fils du second lit), ce qui le conduisit à chercher une situation. Il commença par donner des leçons de latin et de grec. En 1742, il devint l’un des secrétaires de Montesquieu (L. Desgraves, Montesquieu, éd. Mazarine, 1986, pp. 312, 409 et 425 ; J. Lacouture, Montesquieu, Points Seuil, 2003, pp. 255, 336, 343 et 356) et brièvement précepteur de son troisième enfant, sa fille Denise (à laquelle Montesquieu dicta une partie de L’Esprit des lois). Jean d’Arcet contribua aux recherches pour L’Esprit des lois (qui parut en 1748). Il resta dans le sillage du grand philosophe jusqu’à sa mort. Lors des derniers instants de Montesquieu, à Paris en 1755, son fils Jean-Baptiste absent, Jean d’Arcet empêcha que des jésuites accédassent au bureau de l’écrivain, dont ils voulaient saisir les manuscrits pour les détruire (M. Dizé, Notice historique sur la vie et les travaux de Jean d’Arcet, Paris, an X, p. 7-8). Montesquieu mourut dans les bras de Jean d’Arcet, qui suivit le convoi funèbre et assista aux obsèques à Saint-Sulpice, le 11 février 1755, en présence d’une assistance très réduite (selon la correspondance de Grimm, Diderot fut le seul écrivain à s’y être trouvé). Jean d’Arcet possédait un portrait de Montesquieu (dont je ne connais pas l’auteur), qui fut légué en 1905 au musée Carnavalet par sa petite-fille, Pauline d’Arcet, épouse Le Coëntre (mais il n’est pas mentionné dans A. Ebrard, Portraits de Montesquieu, Presses universitaires Blaise Pascal, 2014). Jean d’Arcet étudia la chimie dans le laboratoire des frères Rouelle (où il se lia d’amitié avec le duc Louis Léon de Brancas de Lauraguais [1733-1824], grand seigneur épris de science, qui mit sa fortune au service des recherches scientifiques).

À la demande et aux côtés du duc de Lauraguais, il participa à la guerre dite de Sept Ans (1756-1763), ce qui montre la force de leur amitié ; il faillit être tué à la bataille de Hastenbeck (26 juillet 1757), gagnée par le maréchal d’Estrées contre les Anglo-Hollandais. Pendant les moments où ils ne se battaient pas, Louis de Lauraguais et Jean d’Arcet effectuaient des recherches scientifiques (ils explorèrent notamment les gorges du Harz). Lorsqu’ils rentrèrent en France, Lauraguais vendit son régiment pour se consacrer exclusivement aux études scientifiques en compagnie de Jean d’Arcet, pour lequel il fit construire un laboratoire, avec notamment pour objectif de découvrir comment fabriquer de la porcelaine.

Docteur régent en médecine (dès 1762),  conseiller du Roi, Jean d’Arcet fut professeur de chirurgie à la Faculté de médecine de Paris et professeur de chimie au Collège royal (l’actuel Collège de France) à partir de 1774, à l’instigation du duc de Lavrillière, où il fut le premier, depuis sa création en 1530, à donner en français et non en latin sa leçon inaugurale de géologie (L’État actuel des montagnes des Pyrénées et les causes de leur dégradation, réédité en fac-similé par C. Lacour, Nîmes, 1999). Après un voyage dans les Pyrénées, il préconisa la construction d’un observatoire au Pic du Midi (qui intervint bien plus tard). Directeur de la Manufacture de Sèvres, inspecteur de la Monnaie (avec Condorcet, fonction qui fut supprimée par un décret d’août 1790) et des Gobelins (sur les docteurs régents : I. Coquillard, « L’Émergence d’un groupe professionnel : les docteurs régents de la faculté de médecine de Paris au XVIIIe siècle », disponible sur internet, citant Jean d’Arcet).

Jean d’Arcet, associé à l’académie royale des sciences en 1784, en devint membre titulaire en 1786, sous-directeur en 1792, puis directeur en 1793, peu avant sa suppression par la Convention (le 8 août 1793). Le 15 juillet 1789, le lendemain de la prise de la Bastille, comme si de rien n’était, Jean d’Arcet communiqua à l’académie un mémoire de chimie ! Dès la création de l’Institut, il fut nommé par le Directoire exécutif, le 20 novembre 1795, à la nouvelle académie des sciences (section d’histoire naturelle et minéralogique).

Il avait été inquiété pendant la Terreur en raison de ses relations (d’ordre scientifique) avec le duc d’Orléans (au côté duquel il se trouvait à la fête de la Fédération) et inscrit sur les listes de proscription de Robespierre ; il fut emprisonné et faillit être guillotiné, mais Fourcroy (chimiste réputé, son collègue à l’ancienne Académie des sciences), membre modéré de la Convention, se saisit de l’affaire sous prétexte de l’étudier, la fit traîner, et le défendit avec succès (sur la Terreur voir la mise au point de Jean-Clément Martin, La Terreur. Vérités et légendes, Perrin, 2017). Jean d’Arcet habitait quai Voltaire, en face du château des Tuileries. Le 10 août 1792, il cacha un officier des Suisses (la garde royale), échappé du massacre des Tuileries, qu’il aida à s’enfuir le lendemain.

Il fut un des 60 membres du « Sénat conservateur » du Consulat, créé par la constitution de l’an VIII ; nommé dans la seconde liste, datée du 4 nivôse an VIII (25 décembre 1799), il ne siégea pas longtemps, puisqu’il mourut dès le 13 février 1801 (dans les bras de Dizé [1764-1852], son collaborateur et préparateur au Collège de France, qui prononça une longue biographie de Jean d’Arcet ; elle fut publiée : Notice historique sur la vie et les travaux de Jean d’Arcet, précitée).

Il avait épousé en 1771 Françoise Rouelle (1752-1788), fille du chimiste Guillaume-François Rouelle (voir plus loin sa notice) ; assistèrent notamment à son mariage, les ducs d’Orléans et de Brancas de Lauraguais, Lamoignon et Malesherbes. Le ménage tenait un salon réputé, le mercredi, qui était le rendez-vous des scientifiques (dont Lavoisier) et de toute la société artistique de cette période. Il était ami de Léonor Mérimée (1757-1836, peintre, prix de Rome, père de Prosper Mérimée), avec lequel il effectua notamment un séjour à Arcy-sur-Cure en mai 1797.

L’éloge funèbre de Jean d’Arcet fut prononcé par Fourcroy, devenu Conseiller d’Etat, en présence du Sénat, de l’Institut et des corps constitués, et Cuvier lut à la séance publique de l’Institut le 15 nivôse an X (5 janvier 1802) « une notice historique » sur lui (publiée par Baudouin, en fructidor an X).

À son décès en 1794, la femme du duc de Brancas, née Elisabeth de Mérode de Montmorency (née en 1737) légua 12.000 livres à Jean d’Arcet, qui furent remis en 1811 à la succession de celui-ci par sa fille Pauline, princesse Engelbert d’Aremberg (1750-1820) ; le long délai de délivrance de ce legs converti en francs (qui avait perdu beaucoup de valeur du fait de l’inflation) s’explique sans doute parce que la princesse d’Aremberg était en exil et qu’elle ne put donc agir qu’à son retour en France.
Auteur de nombreux mémoires scientifiques, Jean d’Arcet créa en France l’art de la porcelaine dure, perfectionna les teintures et la savonnerie, découvrit notamment la soude artificielle et  « l’alliage d’Arcet » (celui-ci permit la stéréotypie, et contribua ainsi au développement de la typographie, qui révolutionna l’imprimerie et permit donc une plus grande diffusion des livres).

Une dizaine d’années avant la Révolution, Paris fut agité par un vif débat relatif au magnétisme animal, sur lequel le Viennois Franz Mesmer entendait pratiquer une nouvelle forme de médecine. Condorcet ayant dissuadé l’Académie des sciences de s’en mêler, le pouvoir nomma en 1778 une commission chargée d’étudier la question. Elle était composée de membres de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine : d’Arcet, Bailly (futur maire de Paris), Guillotin (qui inventa plus tard l’horrible appareil portant son nom, pour atténuer les souffrances des condamnés), Jussieu, Lavoisier et Benjamin Franklin. Celui-ci, un des « pères fondateurs » de la république américaine, résidait en ce moment à Paris (où il resta de 1776 à 1785), en tant que ministre plénipotentiaire. Du fait de sa réputation scientifique, qui était considérable, il avait été nommé associé étranger de l’Académie des sciences en 1773 et de l’Académie de médecine en 1777.

Un tableau de Boilly (1761-1845) représente huit portraits de la famille de Jean d’Arcet : sur un premier rang, l’entourant, ses deux filles Pauline et Julie; en dessous, son neveu Jean-Pierre, son fils Jean-Pierre Joseph (voir plus loin sa notice), ses gendres Philippe Antoine Grouvelle (voir plus loin sa notice) et Joachim Le Breton (voir plus loin sa notice. ‒ Sur Boilly : Étienne Breton, Pascal Zuber et Annie Yacob, Louis-Léopold Boilly 1761-1845. Le Peintre de la société parisienne de Louis XVI à Louis-Philippe, Arthéna, 2019; Catalogue Boilly (1761-1845). Chroniques parisiennes, Paris Musées 2022).

Tous ces personnages, ainsi que d’autres membres de la famille, firent également l’objet de portraits par des peintres célèbres de leur époque. Certains d’entre eux sont été donnés à des musées ou à d’autres établissements publics (dont celui de Guillaume-François Rouelle [voir plus loin sa notice], beau-père de Jean d’Arcet, qui se trouve à la bibliothèque de Caen ; un beau portrait de Jean d’Arcet, « en buste » par le baron François Gérard [1770-1837], datant de 1801, fut légué en 1905 au musée du Louvre par sa petite-fille, Pauline d’Arcet, épouse Le Coëntre). Plusieurs furent malheureusement vendus à Monaco le 2 juillet 1993 après le décès d’une cousine éloignée sans descendance. Cette vente comportait notamment les portraits suivants : d’Anne-Julie d’Arcet (fille de Jean d’Arcet) par Adèle Romané dite Romany (1769-1846) ; de Jean-Pierre Joseph d’Arcet (fils de Jean d’Arcet) par un « suiveur de Boilly » ; de Joachim Le Breton (gendre de Jean d’Arcet) par son ami le baron François Gérard, datant de 1803, qui fut acheté par l’Assemblée nationale ; de Juliette Le Breton (petite-fille de Jean d’Arcet) par Boilly. La Monnaie possède un buste de Jean d’Arcet en habit de sénateur (sans doute par Chaudet), réplique de celui qui a été donné par sa petite-fille Pauline à l’Institut, qui se trouve aujourd’hui à Chantilly.

Le splendide portrait de Joachim Le Breton figura à l’exposition du Château de Fontainebleau « Peintre des rois, roi des peintres, François Gérard, portraitiste » (29 mars-30 juin 2014) et dans une pleine page en couleur du catalogue. Il était admiré par Viollet-Le-Duc dans sa préface à La correspondance de F. Gérard… publiée par Henri Gérard son neveu (Paris, 1867, pp. 22-23). Gérard est considéré comme « l’un des peintres les plus fameux du Premier Empire » (J.-F. Hebert et V. Droguet, Préface du catalogue de l’exposition « Peintre des rois, roi des peintres, François Gérard, portraitiste »). Portraitiste attitré de la famille impériale, il fut aussi le « peintre favori du grand monde » (J.-F. Hebert et V. Droguet, Catalogue, op. cit., p. 145). « La présence dans l’atelier, en une seule journée de 1814, de trois têtes couronnées, le tsar Alexandre 1er, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III et le roi de France Louis XVIII, devait encore renforcer une réputation déjà bien établie » (J.-F. Hebert et V. Droguet, Catalogue, op. et loc. cit.). Pradier (voir sa notice plus loin) livra au Louvre, en 1838, un buste en marbre de Gérard.

Je descends en ligne directe de ce personnage (6e génération).

Jean-Pierre d’Arcet (1738-1791), fils de François Antoine d’Arcet. Avocat au Parlement, marié à Hélène du Plantier (1749-1781), puis en secondes noces à Marie de Labeyrie Hourticat (1753-1836) ; son grand-père François Antoine d’Arcet (1659-1727) avait déjà épousé une Marie de Labeyrie Hourticat (1667-1702). Il était le demi-frère de Jean d’Arcet (1724-1801). Cette branche de la famille d’Arcet a des descendants.

Jean-Pierre, Joseph d’Arcet (1777-1844), fils de Jean d’Arcet (1724-1801). Il assista à la fête de la Fédération avec son père, invité par le duc d’Orléans à la tribune de la famille royale, donc tout près du Roi (cette tribune,  adossée à l’École militaire, était couverte d’un immense dais de velours bleu et or ; en face de la tribune royale un arc de triomphe éphémère avait été édifié par Cellerier, qui figure sur le tableau d’Hubert Robert représentant la fête, se trouvant au château de Versailles). La fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, anniversaire de la prise de la Bastille, fut une fête monarchiste, où le Roi a été vivement acclamé.

Ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1801), commissaire général puis directeur de la Monnaie, membre du conseil du Conservatoire des Arts et Métiers, membre de l’Académie des sciences (élu le 3 février 1823, section de chimie, remplaçant Berthollet) et de l’Académie de médecine (dès sa fondation en 1821), des Académies de Genève et de Liège, auteur d’ouvrages scientifiques, officier de la Légion d’honneur, commandeur de Sainte-Anne (ordre russe), « Grand cordon » de Saint-Michel (le Grand cordon était la dignité la plus élevée d’un ordre, correspondant à l’actuelle Grand-croix). Il fut un précurseur de l’ergonomie, l’inventeur de la médecine du travail et de diverses inventions scientifiques ou pratiques (notamment de systèmes de ventilation, d’appareils de protection et de sécurité du travail. ‒ M. Valentin, Travail des hommes et savants oubliés. ‒ Histoire de la médecine du travail, de la sécurité et de l’ergonomie, éditions Docis, Paris, 1978, p. 212 et s.). Il contrôla, en 1811, la qualité des métaux dans la construction de la colonne Vendôme ; plus tard, il supervisa la dorure du dôme des Invalides et, avec Thenard, composa le mastic chargé d’assurer la pérennité des peintures qui allaient décorer la coupole du Panthéon. Il créa la plus grande savonnerie de l’époque.

Il ne porta jamais et ne fit pas enregistrer le titre de baron qui lui avait été décerné en 1819 par le Roi Louis XVIII. Il fut un vif partisan de la monarchie de juillet, le parti de l’ordre selon l’expression de l’époque. Jean-Pierre d’Arcet était l’ami de nombreux savants de son temps, notamment Arago, Becquerel, Berthollet, Chaptal, Cuvier, Foucroy, Gay-Lussac, Monge, Saint-Hilaire, T. de Saussure, le baron Thenard. Il écrivit plus de 200 mémoires scientifiques sur des sujets les plus variés (certains publiés à titre posthume par son neveu Philippe Grouvelle) et un ouvrage (Précis sur la mine de sel de Vic et sur les principales mines de sel de l’Europe, Paris, 1824). Il avait épousé Claire Choron (1787-1871), fille d’un fermier général, écuyer et secrétaire du Roi (Étienne-Louis Choron ≈1735-1789), et sœur d’Alexandre-Étienne Choron (1771-1834), musicologue, qui rouvrit le conservatoire de Paris en 1815, fut régisseur de l’opéra en 1816 puis créa une école de musique réputée (Institution royale de musique classique et religieuse) ; il publia de nombreux ouvrages.
On trouvera sur ce site quelques pages des souvenirs historiques dictés par J.-P. J. d’Arcet à l’une de ses filles.
Au musée de la Monnaie, l’historique de cet établissement comporte une notice sur Jean-Pierre d’Arcet, avec la photo de l’un de ses portraits.
Ma grand-mère paternelle descend en ligne directe de Jean-Pierre d’Arcet (et donc moi-même).
Nota : Sous l’Ancien Régime, les fermiers généraux étaient des financiers qui se chargeaient de la perception des impôts indirects et l’exploitation des monopoles fiscaux, dont ils avançaient le produit à l’État.

Charles Félix d’Arcet (1807-1847), fils du précédent, était chimiste, docteur en médecine et chirurgien. Il fut adjoint à la mission scientifique envoyée par le gouvernement français en Egypte et en Syrie (1828-1830), lors d’une épidémie de peste, pour en étudier les effets et les moyens d’y porter remède (il y rencontra forcément le consul de France de l’époque, le jeune Ferdinand de Lesseps, qui devait devenir célèbre plus tard en tant que créateur du canal de Suez). Bien avant Pasteur, il militait en faveur des antiseptiques. Aussi, pour montrer la valeur de la désinfection chlorée, il n’hésita pas à endosser des vêtements de pestiférés à même la peau, après les avoir trempés dans une solution antiseptique ; l’effet psychologique fut énorme sur les populations. La croix de la Légion d’honneur lui fut décernée à son retour, avec dispense d’âge (il n’avait que 23 ans). Envoyé en mission au Brésil par l’Académie des sciences, dont les instructions du 22 septembre 1845, rédigées par Geoffroy Saint-Hilaire, lui demandaient notamment de rechercher les gisements miniers, d’explorer les cavernes et d’y examiner les ossements fossiles ; il était aussi recommandé à son attention les eaux minérales et l’anthropologie. Cependant l’Empereur Pierre II lui demanda de créer une industrie chimique locale et de fonder l’enseignement théorique et pratique de la chimie au Brésil. Le Parlement local lui vota un crédit d’un million de francs à cet effet. Mais il mourut (brûlé par l’explosion d’une lampe à pétrole !) alors qu’il allait se rendre en France pour chercher du matériel. Il avait publié plusieurs brochures scientifiques. Au Brésil il porta le titre de baron, donné à son père par le Roi Louis XVIII, mais qui n’avait pas été enregistré.
Flaubert témoigne dans deux lettres la tristesse que lui inspira la mort de Charles Félix et les circonstances de celles-ci.

La branche de cette famille est éteinte.

Joseph Argod (1728-1810), voiturier (= transporteur), marié à Marie Rochas. Je descends en ligne directe de ce personnage (8e génération).

François Argod (1759-1799), sous-officier au Royal Champagne en 1786 (où il se lia en 1790 avec le sous-lieutenant Louis Nicolas d’Avout, le futur maréchal Davout d’Auerstaedt), il participa après la Révolution au siège de Toulon et aux campagnes d’Italie. Général de brigade en 1799, il mourut cette même année à la bataille de Cassano.

Albert Barbe (1831-1907), ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1851), fit les campagnes d’Italie, de Crimée et du Mexique. Dans l’armée de Bazaine pendant la guerre de 1870, il fut compris dans sa capitulation, et interné à Coblentz. Général (de brigade en 1881, de division en 1892), directeur de l’École polytechnique (1886-1888), inspecteur général de l’artillerie, commandeur de la Légion d’honneur. Il épousa Marguerite de la Villegile (1846-1898) ; il en eut deux enfants, dont Paul (1881-1940), général de division, tué au début de la seconde guerre mondiale (qui avait épousé Elisabeth de Schaeck, 1902-1956); commandeur de la Légion d’honneur.

Hubert Beuve-Méry (1902-1989), docteur en droit, il fut nommé en 1928 professeur de Droit international à l’Institut français de Prague, où il resta jusqu’à l’invasion allemande. Correspondant du Temps, il n’eut de cesse de dénoncer la menace du national-socialisme, puis il critiqua vivement les accords de Munich et, dans un livre publié en 1939 (Vers la plus grande Allemagne), il dénonça le nazisme, tout en prônant une nouvelle Europe, alliant la démocratie et l’ordre comme le primat de l’homme et l’efficacité. En France, sous l’Occupation, il entra au conseil de rédaction d’Esprit (avec notamment Emmanuel Mounier, Gabriel Marcel et André Philip). À l’instigation de l’abbé René de Naurois (futur Compagnon de la Libération), il devint professeur à l’école d’Uriage. Lorsque celle-ci fut dissoute par Laval, à la fin 1942, il entra dans la Résistance, où il eut une activité importante. À la Libération, il fonda Le Monde, à la demande du général de Gaulle, dont il resta le directeur jusqu’en décembre 1969. Il fut notamment membre du conseil d’administration de France-Presse et de l’Institut Pasteur, président du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (1973-1979), professeur associé à l’Université Paris I. En 1974, il publia ses éditoriaux sur de Gaulle et le gaullisme sous le titre Onze ans de règne. Il avait auparavant publié d’autres ouvrages : Théorie des pouvoirs publics d’après François de Vitoria et ses rapports avec le droit contemporain, éd. Spes, 1928 ; Réflexions politiques 1932-1952, Le Seuil, 1951 ; Le Suicide de la IVe République, Cerf, 1958. ‒ Sur lui : L. Greilsamer, Hubert Beuve-Méry, Fayard, 1990. Il s’était fiancé dans l’appartement de ma grand-mère paternelle, 27 rue de l’Université (75007 Paris).

Nota. Du temps de Beuve-Méry (et de ses premiers successeurs), Le Monde était un journal sérieux d’information (ce qu’il n’est plus vraiment ; de plus, il est devenu une sorte de censeur, se permettant de s’en prendre régulièrement à la présence de commentateurs, qualifiés par lui de « conservateurs », dans les chaines d’information, où ils sont pourtant bien minoritaires).

Pierre de Borrit (né en 1581), Prévôt royal de Saint-Sever d’Adour ; il épousa le 2 février 1613 Esther Marguerite de Beauregard de Benquet. Leur fils Jean-Jacques de Borrit épousa en 1652 Jeanne de Labat. Ils eurent quatre enfants, dont Marguerite de Borrit, qui épousa le 22 septembre 1693 Pierre d’Andignon (né le 3 janv. 1697), père de Marguerite d’Andignon qui épousa en 1723 François Antoine d’Arcet (voir la notice de ce nom).

Marcel Brion (1895-1984), licencié en Droit, avocat à Marseille de 1920 à 1924 aux côtés de son père, romancier d’inspiration poétique et fantastique, il fut aussi un biographe et un auteur d’études littéraires, attiré à la fois par la culture méditerranéenne et par la littérature germanique. Collaborateur régulier de la Revue des deux Mondes et des Nouvelles littéraires, Marcel Brion dirigea pendant vingt ans la rubrique « Littérature étrangère » du quotidien Le Monde; il contribua ainsi à faire connaître au public français des auteurs tels que Rainer Maria Rilke, James Joyce ou encore Dino Buzzati. Il est l’auteur d’une centaine d’ouvrages, dont beaucoup furent traduits. Grand prix de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre en 1953, Grand prix littérire Prince de Monaco pour l’ensemble de son œuvre en 1956, Grand prix national des lettres en 1979, Marcel Brion fut élu à l’Académie française en 1964 au siège de son ami Jean-Louis Vaudoyer. Croix de guerre 1914-1918, officier de la Légion d’honneur (à titre militaire), officier des Arts et des lettres, Grand officier de l’ordre du Mérite.

Plusieurs livres furent édités après son décès : Villa des hasards (roman), Albin Michel, 1984; Les Vaines montagnes (roman), Albin Michel, 1985; Les Ailleurs du temps (nouvelles), Albin Michel, 1987; Contes fantastiques (nouvelles), Albin Michel (poche), 1989; Les Labyrinthes du temps ; rencontres et choix d’un européen, José Corti, 1994; Mémoires d’une vie incertaine, Klinksieck, 1997 ; Suite fantastique, Klinksieck, 2000; Orplid, ou une certaine idée de l’Allemagne, Klinksieck, 2002; Ivre d’un rêve héroïque et brutal, avant propos d’Agnès Brion, de Fallois, 2014, vie romancée du conquistador Hernando de Soto; Brion-Buzzati. Regards croisés sur deux maîtres du fantastiques (textes rassemblés et commentés par Agnès Brion et Delphine Gachet), Fabrizio Serra (Pise et Rome), 2018. ‒ Sans compter de nombreuses rééditions (grâce à Liliane Brion puis, après son décès, à sa fille Agnès), parmi lesquelles : Goethe. L’âme du monde, éditions du Rocher, 1993 (textes choisis et présentés par Marcel Brion); L’œil, l’esprit et la main du peintre, Ph. Lebaud, 1994; Léonard de Vinci, Albin Michel, 1995; Michel-Ange, Albin Michel, 1995;  La Peinture religieuse : le sacré et sa représentation, Ph. Lebaud, 1996; Mozart, Perrin, 2005 ; Le Théâtre des esprits, préface d’Agnès Brion et note liminaire de Patrick Brion, La Tour verte (Friburg), 2011; Frédéric II de Hohenstaufen, Tallandier (poche), 2011 ;  Les Borgia : le pape et le prince, Tallandier (poche), 2011 ; La Vie des Huns, Perrin (roman), 2013 ; Blanche de Castille, Tallandier (poche), 2014; Charles le Téméraire, Tallandier (poche), 2014 ; Les Médicis, Tallandier (poche), 2015 ; La Vie quotidienne à Vienne du temps de Mozart et de Schubert, Tallandier (poche), 2015 ; Attila, Tallandier (poche), 2016.

Et, sur lui : Margaret Simpson-Maurin, L’Univers fantastique de Marcel Brion, Nizet, 1981. ‒ Doris Jakubec (direction), Marcel Brion, les chambres de l’imaginaire, Payot (Lausanne), 1995, à l’occasion de l’exposition Marcel Brion au Musée historique de Lausanne. ‒ (collectif), Marcel Brion, Humaniste et « passeur », Albin Michel, 1996, actes d’un colloque international qui s’était tenu à la Bibliothèque nationale de France en 1995, dont j’avais eu l’honneur de prononcer l’allocution de clôture.

Voir ci-dessous la notice sur la femme de Marcel Brion.

Liliane Brion-Guerry (1916 -2006), docteur ès lettres, médaille d’or du CNRS, dont elle a longtemps été la directrice du département esthétique, elle fonda et dirigea chez Klincksieck la collection « L’Esprit et les formes ». Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages : Cézanne et l’expression de l’espace, Albin Michel, 1950, 2e éd. 1966. ‒ Le Thème du Triomphe de la Mort dans la peinture italienne, Maisonneuve, 1950. ‒ Fresques romanes de France, Hachette, 1958. ‒ Jean Pélerin Viator. Sa place dans l’histoire de la perspective, Les Belles-Lettres, 1962. ‒ L’Année 1913 : les formes esthétiques à la veille de la Première guerre mondiale (textes et documents inédits), Klincksieck, 1971-1973, 3 volumes, prix Charles Blanc de l’Académie française (1972). En 1979, l’Académie française lui décerna le prix Dumas-Miller pour l’ensemble de ses travaux sur l’histoire de l’art. Après la mort en 1984 de son mari Marcel Brion, elle se consacra à sa mémoire, en publiant de nouvelles œuvres, rééditant d’anciennes et dirigeant les Cahiers Marcel Brion. Enfin, elle organisa un colloque international sur lui (voir à la fin de la notice de Marcel Brion).

Patrick Brion (né en 1941), fils de Marcel et Liliane Brion, présente l’émission de télévision Cinéma de minuit sur France 3 puis France 5 depuis 1976. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le cinéma. Notamment sur des réalisateurs: Hitchcock (2000) ; Clint Eastwood (2001) ; John Ford (2002) ; John Huston (2003) ; Martin Scorsese (2004) ; Billy Wilder, éditions CNRS, 2013. ‒ Ou sur des thèmes et des catégories : Le Cinéma fantastique : les grands classiques américains (1994) ; Le Cinéma d’aventure : les grands classiques américains (1995) ; Le Cinéma de guerre : les grands classiques américains (1996) ; Le Western (1996) ; La Comédie américaine : les grands classiques américains (1998) ; Le Film noir : l’âge d’or du film criminel américain, d’Alfred Hitchcock à Nicholas Ray (2004) ; Cinéma français: 1895-2005 (2005) ; Encyclopédie du western (2 tomes,  éditions Télémaque, 2015) ; Encyclopédie du film noir – Volume I – USA 1912-1960 (éditions Télémaque, 2018) ; Encyclopédie du film policier & triller – Volume 2 – USA 1961-2019 (éditions Télémaque, 2019); Encyclopédie du film policier français (éditions Télémaque, 2020).

Son fils, Patrick, docteur ès lettres (Les étapes initiatiques dans les œuvres narratives en prose de Gabriele D’Annunzio, Hugo von Hofmannsthal, Joris-Karl Huysmans et Henry James, soutenue à Paris II en 2001), Maître de conférences en littérature comparée à l’Université de La Rochelle, a publié trois ouvrages : Semi et marathon (Amphora, 2014), Marathon (Amphora, 2020) et Poèmes (L’Harmattan, 2022).

Édouard Callebaut (1812-1896), marié à Marie-Joséphine Callebaut (1833-1915), née Marie-Joséphine de Lacerda (fille d’Antoine-François de Lacerda). Ils habitaient un hôtel particulier rue de la Boétie (presque à l’angle des Champs-Élysées), où l’on menait grand train, avec une nombreuse domesticité, dirigée par le maître d’hôtel, qui était un important personnage ! C’est eux qui élevèrent dans cette maison leur nièce Agnès de Lacerda (voir à ce nom). Mme Callebaut recevait plusieurs jours par semaine sans invitation pendant la saison (de janvier à juin) quiconque lui avait été « présentée». L’hôtel fut vendu par Mme Maurice Travers et Mme Marcel le Tourneau après le décès de Mme Callebaut, leur grand-tante à un prix très bas (du fait de la guerre), car elles trouvaient que le quartier des Champs-Élysées avait perdu de son charme, en devenant un lieu de commerces. Agnès de Lacerda effectua avec son oncle et sa tante Callebaut de nombreux voyages (jusqu’à son mariage en 1874 avec Antoine Grouvelle; voir à ce nom), non seulement en France, mais aussi à l’étranger (1868, Allemagne ; 1869, Brésil avec, à l’aller et au retour, des escales à Lisbonne et à Dakar ; 1871, Angleterre, Belgique, Hollande ; 1872-1873, Brésil ; 1873, Suisse). Après son abdication en 1889, l’Empereur Pierre II du Brésil s’exila à Paris, où il fréquentait le salon des Callebaut ; Pierre II mourut à Paris en 1891.

Baron Jules Cloquet (1790-1883), docteur en médecine (en 1817), agrégé (en 1819), professeur à la Faculté de médecine de Paris (en 1831), membre de l’Académie des sciences (depuis 1855) et de l’Académie de médecine dès sa création en 1821 (dont il fut le président de 1860 à 1880), commandeur de la Légion d’honneur, anobli par Napoléon III. Il fut un élève du père de Flaubert, un grand ami et le médecin du marquis de La Fayette (dont il ferma les yeux sur son lit de mort) et de Gustave Flaubert (qui cite son nom une centaine de fois dans sa correspondance, généralement sous les titres « le cher ami » ou « le professeur » ; elle comprend aussi un certain nombre de lettres à Jules Cloquet ou à sa femme). Il effectua plusieurs voyages avec Flaubert (qui allait toujours lui rendre visite lorsqu’il allait à Paris), et il lui conseilla son grand voyage en Orient, pour calmer ses troubles nerveux. Flaubert avait un portrait de Cloquet dans son appartement de Paris (au moins en 1843, il en fait état dans une lettre à sa sœur : Flaubert, Correspondance, La Pléiade, 1973, tome 1, p. 165). Cloquet était aussi l’ami de Dumas, de Michelet, d’Augustin Thierry, qu’il recevait dans sa propriété. Il était un « familier des Tuileries » (selon Alain Decaux, c’est-à-dire un familier de l’Empereur Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie). Il est l’auteur de la première biographie de La Fayette (Souvenirs sur la vie privée du général de Lafayette, 1836, qui fut traduite en anglais) et d’ouvrages scientifiques (dont un Manuel d’anatomie descriptive du corps humain, en six volumes, comprenant 340 planches, réédité en 1998 par les éditions Louis Pariente). Il fut le professeur du baron Larrey, qui prononça son éloge funèbre à l’Institut.

Cloquet avait offert sa biographie de La Fayette à Caroline, la sœur de Flaubert, qu’elle trouva très médiocre comme elle l’écrivit à Gustave (lettre du 20 mai 1843, Correspondanceop. cit., p. 162). La nièce de Flaubert, Caroline Commanville (Caroline comme la sœur de Gustave), peignit un portrait de Jules Cloquet, qui fut exposé au salon de 1879, et qui est conservé à la bibliothèque de l’Académie de médecine.

Il avait épousé Juliette Le Breton (fille de Joachim Le Breton : voir la notice à ce nom), qui mourut jeune. Il se remaria en 1846 avec une Anglaise, Frances Mary Coxney. Elle et son mari s’occupèrent comme de véritables parents des enfants orphelins de leur neveu Ernest.

Cloquet finança et dirigea une « ambulance » rue Soufflot, pendant le siège de Paris par les Prussiens en 1870, puis pendant la Commune de 1870 (par ambulance, il faut entendre local hospitalier temporaire pour soigner les blessés ; on dirait aujourd’hui hôpital mobile). Pour sauver deux prêtres, inquiétés par des « communards » qui voulaient les faire combattre à leur côté, il leur mit un tablier d’infirmier et, aux récriminations des « communards », il déclara que, si on lui refusait ces deux aides, il se retirerait, alors que de nombreux blessés arrivaient. Comme les services rendus par son ambulance étaient appréciés, le colonel fédéré Maxime Lisbonne (1839-1905), lui permit de les garder (H. Dabot, Griffonnages quotidiens d’un bourgeois du quartier latin, imprimerie Quentin, Péronne, 1895, p. 251).

Ernest Cloquet (1818-1855), neveu du précédent, docteur en médecine, ambassadeur de France en Perse (actuel Iran), il joua un rôle important dans la diplomatie française en Orient à cette époque. Il fut le médecin de Méhémet, Shah de Perse.

Charles Coffin (4 oct. 1676-20 juin 1749), chanoine, recteur de l’Université de Paris de 1718 à 1721. Il demanda au Régent, et obtint de Louis XV, que l’école devienne gratuite (et elle demeura telle jusqu’à la grande loi sur l’enseignement de la Révolution, du 3 brumaire an IV [25 octobre 1795], qui rendit la scolarité payante, au détriment des familles modestes). Il était réputé être janséniste, si bien que Bouettin, le curé de sa paroisse (Saint-Étienne-du-Mont) lui refusa les derniers sacrements, faute de « billet de confession », ce qui n’empêcha d’ailleurs pas Coffin d’être enterré en grande pompe au collège de Beauvais dont il avait été le «principal» (Ségolène de Dainville-Barbiche, Devenir curé à Paris : institutions et carrières ecclésiastiques [1695-1789], PUF, 2005, p. 203) . Son cortège funèbre fut suivi par plusieurs centaines de personnes, dont de nombreux parlementaires. Ses œuvres furent publiées en deux volumes après sa mort. Il rédigea une grande partie du bréviaire parisien de 1736, et de nombreuses pièces pour la messe (séquences, hymnes, motets, dont l’abbé Brémond fit un grand éloge, qualifiant Coffin de « prince des poètes latins », le défendant contre les critiques de Dom Guéranger). Son frère était conseiller au Parlement de Paris. Leur famille est d’origine italienne. Un de leurs ancêtres arriva en France avec Marie de Médicis, dont il fut maître de chapelle. Ses Œuvres ont été publiées à Paris en 1755 (2 volumes in 12 chez Desaint, Saillant et Herissant). Ce chanoine est l’oncle d’un autre Charles Coffin (1705-1751 ; voir ci-dessous).

Charles Coffin (1701-1751), chirurgien des mousquetaires (sur eux: J. Wilmart, Les Mousquetaires du Roi, Tallandier, 2023), aurait été présent à la bataille de Fontenoy (1745). Il eut plusieurs enfants, dont des jumeaux, nés en 1739, Jules (grand-père de Louise, épouse de Philippe Grouvelle, 1799-1866, voir à ce nom) et Jean-Louis (1739-1813), médecin chirurgien à Genlis. Si la famille Coffin issue de Jules est éteinte, celle qui descend de Jean-Louis est nombreuse et comporte un médecin à chaque génération, depuis avant la Révolution ! Ce Charles Coffin est un ancêtre direct de ma grand-mère paternelle.

Flaubert. Voir les notices de Jules Cloquet, de James et de Louise Pradier. ‒ Lors du procès intenté contre Flaubert après la publication des Fleurs du mal, Jules Cloquet et Louise Pradier se rendirent au château des Tuileries, où ils avaient leurs entrées, pour prier l’Impératrice de demander à l’Empereur d’intervenir en faveur d’un acquittement (à cette époque, l’indépendance de la magistrature était très relative…). Il fut témoin du mariage religieux de Pauline d’Arcet (sœur de Louise Pradier) avec Joseph Le Coënte (qui devint contre-amiral) le 2 juin 1848 à Saint-Germain-des Prés.  John Pradier, fils du sculpteur, demanda à Flaubert dêtre témoin à son mariage le 21 mai 1867 à Metz avec Lina Ackermann, mais on ne sait pas sil accepta (Correspondance, éd. J. Bruneau, La Pléiade, t. III, NRF, 1991, p. 1461). Flaubert était aussi très lié à la famille d’Arcet; sa correspondance comporte d’innombrables mentions relatives, outre aux Pradier (quil rencontre fréquemment), aux membres de la famille d’Arcet (exemple: dans une lettre du 2 avril 1845 à son grand ami Alfred Le Poittevin, il parle de Mme et Mlle d’Arcet et plus loin de Mme Pradier). Elle relate à deux reprises la tristesse que lui inspira la mort de Charles Félix et les circonstances de celles-ci (v. la notice de Charles Félix d’Arcet).

Edme-François Gersaint (1694-1750), marchand d’art et d’objets de luxe (mercier, selon le vocabulaire de l’époque) sur le pont Notre-Dame, d’abord à l’enseigne « Au Grand monarque » ; il vendait des meubles, des objets décoratifs, des tableaux et des gravures, des cadres, des glaces, des lustres et des bras de lumière, des bijoux sertis de pierres précieuses ou semi-précieuses. En 1720, son ami Watteau, qui à son retour de Londres résidait dans son logis, peignit en huit jours pour lui, afin de le remercier de son hospitalité (quelques mois avant sa mort de la tuberculose, qui survint en 1721 à l’âge de 37 ans) une enseigne. Elle n’était pas accrochée à une potence mais installée au-dessus de l’auvent de la boutique. De vastes dimensions (3 x 1,66 mètres) ce tableau, connu sous le titre « L’Enseigne de Gersaint », fut acquis ultérieurement par Frédéric II de Prusse ; il se trouve actuellement à Berlin (au château de Charlottenburg, où j’ai été l’admirer). Il est aujourd’hui admis qu’il ne représente pas le magasin de Gersaint dans sa réalité mais une vue idéalisée (de sorte qu’il est utilisé comme illustration dans les publications sur les métiers d’art du XVIIIe; ainsi sur une double page de la revue Château de Versailles 2018, n° 28, p. 34 et 35). Ce tableau, « chef-d’œuvre entre les chefs-d’œuvre du dégel post louis-quatorzien » (Emmanuel Le Roy Ladurie, Saint-Simon, Fayard, 1997, légende sous la photo 34 du tableau) est « l’une des plus belles réussites de Watteau, par le parfait équilibre de la composition, la grâce des attitudes, la délicatesse et la retenue de sentiments, la subtilité et le mystère de son message. Peinte pour un ami, elle a été exécutée en toute liberté, en  dehors des conventions. (…) Tableau splendide, dans lequel on a pu voir le testament artistique de Watteau, L’Enseigne occupe dans l’oeuvre du peintre et dans l’histoire de la peinture une place à part, celle d’un chef d’œuvre » (Guillaume Glorieux, À lenseigne de Gersaint, préface Daniel Roche, éditeur Champ Vallon, Seyssel, 2002, pp. 83-84 ; sur son amitié avec Watteau, pages 90 et s. ; Gersaint publia une biographie de Watteau ; il le disait bon mais difficile ami, libertin d’esprit mais sage de mœurs, méprisant l’argent et d’une extrême générosité, travailleur infatigable malgré sa santé qui fut toujours mauvaise). L’Enseigne de Gersaint est regardé comme un exemple frappant de « l’absorbement » par M. Field (La Place du spectateur. Esthétique et origines de la peinture moderne, Folio Essais, Gallimard, 2017, p. 73 et 268 ; pour l’auteur, l’absorbement caractérise largement la peinture française des XVIIe et XVIIIe siècle, absorbement des personnages des tableaux dans un état ou une activité). Dans son beau livre Les Labyrinthes du temps ; rencontres et choix d’un européen (José Corti, 1994) Marcel Brion (voir ce nom plus haut) consacre un remarquable chapitre à Watteau (p. 307 et s., La Mort et Watteau). Il expose que, si ce peintre exprimait plus qu’aucun autre un air de fête, il y avait en lui le revers de la face lumineuse, ce côté sombre, qu’il en eût conscience ou non, singulièrement dans l’Embarquement pour CythèreLÎle enchantée, la Récréation italienne, et même L’Enseigne de Gersaint. Dans cette perspective, Brion analyse avec finesse et une grande originalité cette dernière œuvre (op. cit., p. 331 et s.). L’essai posthume de Marc Fumaroli, Dans ma bibliothèque. La Guerre et la Paix (préf. Henri Laurens, Les Belles lettres, 2021), comporte aussi une reproduction de L’Enseigne de Gersaint, que l’auteur commente: « Cette boutique à la mode, où l’art de peindre s’expose à une clientèle en quête de divertissement et de décor intérieur, est en voie de remplacer la chapelle dévotionnelle, son autel, son retable d’autel et les paroissiens en prière, en quête de salut ».

Au milieu des années 1730, Gersaint réorienta ses activités en direction de l’exotisme et de la curiosité, des objets et meubles de laque, des porcelaines de Chine, des coquillages rares (nommés coquilles en ce temps) et d’autres objets pour orner les cabinets de curiosité, de la peinture hollandaise et flamande du XVIIe, ce qui le conduisit pour s’approvisionner à effectuer douze voyages en Hollande et, en 1739, à changer le nom de sa boutique, qui devint « À la Pagode », dont la magnifique carte-adresse (27,9 x 18,5 cm) fut dessinée par son ami Boucher et gravée à l’eau-forte par un autre de ses amis, le comte de Caylus (1692-1765; celui-ci fut retenu par Marc Fumaroli, dans son livre préc. Dans ma bibliothèque. La Guerre et la Paix, pour illustrer le siècle des arts sous Louis XV). Gersaint vendit notamment des tableaux de Rubens, Van Dyck, Téniers, Rembrandt, Chardin, Boucher (dont Le Déjeuner, célèbre tableau du Louvre), des commodes de Cressent, des porcelaienes de Meissen. Parmi ses clients, on relève madame de Pompadour, le roi de Pologne, la reine de Suède, les ducs de Bouillon, de Choiseul, de Luxembourg, de La Vallière, les comtes d’Argenson, de Clermont-Tonnerre, l’entourage de Louis XV (pour un exemple : C. Pascal, La Chambre des dupes, Plon, 2020, p. 174 et s.), etc.

Gersaint rédigea de nombreux catalogues raisonnés, en inventant et le mot et la chose. Ces catalogues comportaient évidemment la liste des marchandises à vendre, mais assortie de commentaires, et d’une synthèse des connaissances dans le domaine de chaque objet. Très élaborés, ils constituent de véritables ouvrages d’art et étaient collectionnés (Guillaume Glorieux, op. cit., pp. 385 et s.).  Par exemple, le « Catalogue raisonné de diverses curiosités du cabinet de feu M. Quentin de Lorangerie », imprimé par Jacques Barrois à Paris en 1744, proposait à la vente un nombre considérables de tableaux (dont 3 Watteau, 3 Teniers, un Boucher, 2 Brueghel, 3 Wan der Meulen), de desseins, destampes, de gravures et de « coquilles » ; il est assorti de longs développements sur les diverses catégories dœuvres et dune biographie de Jacques Callot (dont de nombreuses gravures figurait au catalogue). Gersaint dirigea de nombreuses ventes publiques, et était un expert reconnu. Il laissa à sa mort un catalogue raisonné des estampes de Rembrandt, achevé par Helle et Glomy en 1741, considéré encore aujourdhui comme un ouvrage de référence.

Gersaint « fut un acteur central de la vie artistique en France pendant la première moitié du XVIIIe siècle » (Guillaume Glorieux, A lenseigne de Gersaint, op. cit., p. 8). Son occupation marchande se doubla « dune occupation savante qui fait du catalogue raisonné des ventes aux enchères un instrument de savoir en même temps que de promotion. Faire sentir par un commentaire approprié, par léclairage biographique ou anecdotique la valeur et létat dun tableau ou dun objet contribue à la diffusion des connaissances, à linstruction du public, à la fixation des traditions. Ce travail délaboration de la valorisation des œuvres trouve en lui sinon totalement son origine, du moins ses moyens, techniques de description, sa terminologie adaptée, son organisation même dans la présentation, avec avertissement, description, catégorisation (sic), observation sur la provenance et les caractères » (Daniel Roche, dans sa préface au livre précité de Guillaume Glorieux, pp. VII-VIII).  

Gersaint épousa en premières noces Marie-Louise Sirois (1696-1725), fille d’un marchand de tableaux, puis après son veuvage, Marie-Anne Pelletier, elle aussi fille d’un marchand de tableaux, également peintre et directeur de l’Académie de Saint-Luc (la corporation des peintres). Une des filles de ce second mariage, Marie-Antoinette, épousa Henri-François Grouvelle, arrière grand-père de l’un de mes arrières grands-pères (Antoine Grouvelle, voir à ce nom). Gersaint est donc mon ancêtre en ligne directe à la 8e génération.

Une exposition se tint à Paris d’octobre 2018 au 27 janvier 2019 au musée Cognacq-Jay sur les marchands d’art et d’objets de luxe au XVIIIe siècle, dont Gersaint, intitulée « La Fabrique du luxe. Les marchands merciers parisiens du XVIIIe siècle ». Un beau catalogue de 176 pages et 138 illustrations lui est consacré par Paris-Musées. Ce catalogue cite à de nombreuses reprises Gersaint et reproduit sur une double page, tant Lenseigne de Gersaint par Watteau, que lestampe de cette toile (inversée) par Aveline (1702-1760), ainsi que lestampe par le comte de Caylus de la carte-adresse de Gersaint daprès Boucher (datant de 1740, représentant divers objets vendus dans la boutique) et le frontispice gravé par Duflos (1700-1786) daprès Boucher du Catalogue raisonné de coquilles et autres curiosités naturelles (Paris, 1736) rédigé par Gersaint. L’ouvrage Le Goût pour les laques d’Orient en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, par Stéphane Castelluccio (éditions Monelle Hayot, 2019), cite Gersaint dans 13 pages du texte (dans certaines plusieurs fois) et dans 8 pages des notes (généralement plusieurs fois, jusqu’à 11).

Gersaint est le premier de mes ancêtres a avoir publié des ouvrages. Depuis, à chaque génération il y eut des auteurs dans les domaines les plus divers.

Famille Grouvelle. Cette famille est originaire de Normandie. Elle comporta un nombre important de maîtres orfèvres-joailliers à Paris, la plupart « bourgeois de Paris », dont Henri, né vers 1680, orfèvre-joaillier rue de La Fromagerie, Jacques (1640-1686), qui épousa Elisabeth Chéret (1645-1674), François (?-1734), qui épousa en 1724 Christine Cain (?-1755), elle-même fille d’un orfèvre-joaillier, Philippe Antoine (?-1761), qui épousa en 1729 Jeanne de Rayssouchet (?-1747), Louis  (voir plus loin sa notice), Denis-Louis (voir plus loin sa notice), Antoine-François (voir plus loin sa notice), Henri-François (voir plus loin sa notice), Jean-François (voir plus loin sa notice) ou Alexandre-Henry Grouvelle (voir plus loin sa notice) ; cette liste n’est pas exhaustive : il y eut d’autres Grouvelle maîtres orfèvres-joailliers (à l’époque ce dernier mot s’écrivait joyaillier) !

Les « bourgeois » des villes étaient des personnes domiciliées dans la ville, payant des taxes et s’armant pour participer à la milice urbaine. Cette qualité était nécessaire pour exercer des charges publiques (cas de Louis Grouvelle) ou des fonctions dans les communautés de métier (cas de plusieurs Grouvelle, qui furent « garde » ou « consul » des orfèvres).

Les orfèvres-joailliers de Paris était une corporation prestigieuse ; elle occupait la première place des six corps marchands de la capitale ; Philippe de Valois lui avait accordé en 1330 des armoiries de « gueules à une croix engrelée dor, cantonnée aux 1 et 4 dune coupe couverte dor et aux 2 et 3 dune couronne dor, et un chef dazur semé de fleurs de lys dor », avec la devise parlante In sacra inque coronas (dans les choses sacrées et dans les couronnes). La présence de fleurs de lys dans ces armoiries manifeste qu’elles étaient de concession royale. Lors de l’entrée du Roi Henri II , le 16 juin 1549, le dais le « coiffant » fut porté par la confrérie des orfèvres (Mathieu Lours, Notre-Dame des siècles, Cerf, 2021, p. 99). Lorfèvrerie était donc considérée comme un art noble, dont témoigne aussi laxiome répandu alors dans le royaume : « Orfèvre ne déroge pas » (J. Lanllier, Le Corps des orfèvres-joyailliers de Paris, Paris, 1930, pp. 32-33). Pendant de nombreux siècles les orfèvres-joailliers de Paris jouirent d’une renommée mondiale.  La corporation, composée de trois cents membres, était dirigée par six « gardes » élus ; tous les ans on élisait à la saint Eloi d’été (le 1er juillet) trois gardes. Leur installation donnait lieu à un cérémonial complexe (décrit par Paul Lacroix et Ferdinand Seré, Histoire de lorfévrerie-joyaillerie, Paris, 1850, p. 132 et s.). Sa charge effectuée (qui était très lourde), un garde ne pouvait être réélu quau bout de six ans. « Les statuts et privilèges du corps des marchands orfèvres-joyailliers de la ville Paris » sont reproduits par Paul Lacroix et Ferdinand Seré (Histoire de lorfévrerie-joyaillerie, op. cit., p. 185 et s. ; V. aussi sur la position des orfèvres au Moyen Âge, E. Castelnuovo, LArtiste, dans J. Le Goff [direction], L’Homme médiéval, Points Seuil, 1989, pp. 233 et s., spécialement pp. 238 et s.).
La confrérie des orfèvres, établie à Notre Dame dans la chapelle sainte Anne à partir de 1401, offrit chaque année de 1630 à 1701, le 1er mai, un grand tableau à Notre Dame de Paris sur un sujet religieux. Mais la coutume de « l’offrande de may » remonte au milieu du XIVe. Les tableaux des « mays » furent enlevés de la cathédrale lors de la Révolution. On en conserve 76. Après le Concordat, treize furent à nouveau déposés à Notre Dame, les autres dans des musées (dont un, d’Aubin Vouet, aux Augustins de Toulouse. – Sur les « mays » : Adrien Goetz, « Ce que le Louvre raconte de Notre Dame », Grande Galerie. Le journal du Louvre, 2019, n° 48, p. 36 et s. ; Delphine Bastet, Les Mays de Notre Dame de Paris [1630-1707] : peinture, Église et monarchie au XVIIe siècle, avant-propos Pierre Rosenberg, préf. Stéphane Loire, éditions Arthena, 2021).

Il subsista longtemps une orfèvrerie-joaillerie Grouvelle, y compris au XIXe, à  lenseigne « À la tête noire » ; encore tenue au début du XIXe siècle par un membre de la famille, elle fut ensuite cédée tout en conservant le nom. Jignore quand elle disparut.

NB. J’utilise, selon l’usage établi, le mot de corporation alors que celui-ci n’apparut qu’à la fin du XVIIIe siècle et ne se popularisa paradoxalement que lors de leur suppression à la Révolution (par la loi Le Chapelier des 14-17 juin 1792, art. 2). Auparavant, l’on parlait de corps de marchands.

Antoine-François Grouvelle (1671-1745), maître orfèvre-joaillier, fils de Jacques, marié à Louise Jeanne Herault (décédée en 1736). Quatre de ses sept enfants furent maîtres orfèvres-joailliers : Louis (1736-1783 ; voir plus loin sa notice), Denis Louis (1712-1750 ; voir plus loin sa notice), Philippe Antoine (?-1761, à distinguer d’un homonyme, 1757-1806, dont la notice se trouve plus bas) et François (?-1734).
Sur la première page de l’ouvrage de Pierre Le Roy, Statuts et privilèges du corps des marchands orfèvres-joailliers de la ville de Paris, publié en 1734, le nom d’Antoine-François Grouvelle est indiqué comme étant en charge à cette date avec cinq autres orfèvres, c’est-à-dire « garde » de la corporation (reproduction dans P. Lacroix et F. Seré, Histoire de lorfévrerie-joyaillerie, Paris, 1850, p. 183).

Louis Grouvelle (1736-1783), maître orfèvre-joaillier rue de Cléry à Paris, fils d’Antoine François, épousa en 1736 Marie-Louise Rausnay (?-1786) ; ils eurent un fils Louis-Antoine (1738-1818), maître orfèvre-joaillier, qui se maria en 1766 à Marguerite Victoire Villot (1737-1815) ; et deux filles : Marie-Catherine (?-1818) qui épousa en 1759 François Chéret (1728-1809), maître orfèvre-joaillier depuis 1759, au Chariot d’or, quai des Orfèvres, garde de la communauté en 1775-1776, conseiller du Roi en son hôtel de ville en 1777, contrôleur des rentes de l’Hôtel de Ville en 1783 ; et Denise Louise (1767-1806). ‒ François Chéret eut un fils, Jean-Baptiste de Chéret (1760-1832), maître orfèvre qui lui succéda en 1800, anobli par Louis XVIII le 27 décembre 1814, qui épousa en 1786 sa cousine germaine Marguerite Grouvelle (1767-1855), fille de Louis Antoine. Jean-Baptiste de Chéret fondit, en 1806, la Statue de la Paix (en argent et bronze doré), œuvre d’Antoine-Denis Chaudet, placée au Palais des Tuileries en 1807, aujourd’hui au Musée du Louvre.

Denis-Louis Grouvelle (1712-1750), maître orfèvre à Paris et consul (c’est-à-dire juge au tribunal de commerce), fils d’Antoine François et frère de Louis ; il épousa en 1738 Geneviève Le Bert (?-1793).

Un autre Denis Louis Grouvelle (?-1793), forcément apparenté, fut également maître orfèvre, rue au Maire à Paris, «  garde du corps de l’orfèvrerie » et consul (c’est-à-dire juge au tribunal de commerce). En janvier 1761, il entra dans la compagnie des porteurs de la chasse de sainte Geneviève (E. Pinet, Le Culte de sainte Geneviève à travers les siècles. La compagnie des porteurs de la chasse de sainte Geneviève, Paris, 1903, p. 229).

Henri-François Grouvelle (1724-1767), fils de François, maître orfèvre-joaillier à Paris, quai des Orfèvres, à l’enseigne « À la tête noire ». Il épousa Marie-Antoinette Gersaint (voir à ce nom). Il eut quatre enfants, deux filles décédées sans postérité et deux fils : Jean-François et Philippe Antoine (voir à ce nom).

Henri-François Grouvelle connut sans doute sa femme Marie-Antoinette Gersaint par le milieu des orfèvres-joailliers dans lequel baignait la famille Grouvelle (voir plus haut). En effet, des membres proches de la famille Gersaint exerçaient ce métier, que ce soit un neveu de son beau-père, Jean-Baptiste Gersaint (1738-1770), ou le mari de la fille aînée (Marie-Louise) de son premier lit, Jean Lebouq-Santussan (demeurant rue Saint-Louis). De plus, Edme-François Gersaint plaça en apprentissage chez des orfèvres les deux fils de son premier mariage, Edme-Gabriel (1721-?) et François (1725-?), sans que l’on sache s’ils exercèrent par la suite cette profession. Marie-Louise Gersaint épousa Jean Lebouq-Santussan en 1745 ; assistèrent notamment à la signature du contrat le comte de Noailles, la duchesse de Rochechouart et la marquise d’Arpajon.
Alexandre-Henry Grouvelle
 (av. 1733-1789), fils de François, marié en 1763 à Catherine Duhamel ; maître orfèvre-joaillier à Paris rue Saint-Louis. Son frère Henri-François et sa belle-sœur Marie-Antoinette Gersaint furent témoins à la signature de son contrat de mariage en 1763 (sur Gersaint voir ce nom), à laquelle assistèrent de nombreux orfèvres et marchands d’art (G. Glorieux, À lenseigne de Gersaint, préface D. Roche, éditeur Champ Vallon, Seyssel, 2002, p. 466).

Jean-François Grouvelle (1755-1824). Il fut comme son père (Henri-François) maître orfèvre-joaillier, toujours quai des Orfèvres, à l’enseigne « À la tête noire ».
Pendant la Révolution, il fut un temps directeur de la fabrication des assignats (il signait manuellement le dos de chacun de ceux-ci, au moins au début). Puis il fut nommé inspecteur du « timbrage des assignats ».
Après son mariage avec Marie-Louise, Napoléon demanda au préfet de police de lui désigner trois grands joailliers de la place de Paris, pour vérifier la qualité et le prix des somptueux bijoux qu’il avait offert à l’impératrice; Jean-François Grouvelle fit partie du trio (P. Branda, Napoléon et ses hommes, Fayard, 2011, p. 402). En mars 1815, il intervint aussi dans l’inventaire des diamants de la Couronne remis, sur ordre du Roi, à M. Hüe, « premier valet de chambre du roi, trésorier général de la maison militaire de Sa Majesté demeurant aux Tuileries » : « Sont intervenus les sieurs Charles Ouizille, expert de la couronne, Jacob Lazard et Jean-François Grouvelle, joailler à Paris, qui ont rédigé un procès-verbal trop long pour être inséré ici avec détails des objets remis à M. Hüe » (Souvenirs du baron Hüe, Paris, 1815, p. 306).

De son premier mariage il eut une fille, puis un fils Alexandre Antoine (voir ce nom) de son mariage en 1792 avec Marie Geneviève Brunel (1769-?).

Philippe Antoine Grouvelle (1757-1806), fils de Henri-François Grouvelle (1724-1767) et de Marie-Antoinette Gersaint (1729-1810 ; voir à ce nom), frère de Jean-François (voir ce nom). Il épousa Pauline d’Arcet (1780-1844), fille de Jean d’Arcet (1724-1801 ; voir à ce nom).
Philippe Antoine Grouvelle fut d’abord clerc de notaire, puis secrétaire des commandements (directeur de cabinet) du Prince de Condé à Chantilly et au palais Bourbon, poste où il succéda à son ami l’écrivain Chamfort, qui l’avait présenté au Prince. Chamfort était resté très peu de temps au service de Condé, trouvant la charge trop lourde ; après l’avoir quittée, il entra dans l’entourage du duc d’Orléans (dont le secrétaire des commandements était Choderlos de Laclos : Georges Poisson, Choderlos de Laclos ou l’Obstination, Grasset, 2005, p. 250). Chamfort, qui avait été un prophète de la Révolution, en un fut un des plus fervents partisans en 1789 (voyez sur ce personnage la biographie de Claude Arnaud, Perrin, 2016). Le prince de Condé que servit Grouvelle, Louis-Joseph de Bourbon (1736-1818), cousin du Roi, était le grand-père du duc d’Enghien (1772-1804) ; il avait épousé Charlotte de Rohan Soubise. Louis XV donna en 1764 le palais Bourbon au prince de Condé ; celui-ci en fit sa résidence parisienne avec l’hôtel de Lassey mitoyen qu’il acheta ; il procéda à d’importants travaux et agrandissements de ces bâtiments, qui ne furent achevés qu’en 1788, un an avant son départ pour l’exil. Le palais Bourbon abrite l’Assemblée nationale (après d’importantes transformations et agrandissements) tandis que l’hôtel de Lassey est la somptueuse résidence du président de cette Assemblée. Dans ses Mémoires sur la Révolution française, Condorcet indique que « les principaux hommes de lettres de la société » de Monsieur  étaient, outre lui-même, Suard, Ducis, Montesquiou, Chamfort, Grouvelle « et quelques autres qui peut-être y prirent, dans la tolérance d’opinion qui y régnait, cette disposition à l’amour de la liberté qui les a presque tous dirigés dans leur conduite politique » (op. cit., tome 1er, Paris, 1824, p. 210-211).

Comme Mirabeau ou André Chénier, avec lesquels il était en relation et en correspondance, Philippe Antoine Grouvelle était persuadé de la nécessité de faire entrer la France dans une certaine égalité, sous l’égide et la protection du Roi, de créer une démocratie royale (voyez, à propos de Mirabeau, Charles Zorgbide, Mirabeau, essai, éd. de Fallois, 2008 ; J.-P. Desprat, Mirabeau. L’Excès et le retrait, Perrin, 2008). Depuis longtemps, la bourgeoisie éclairée considérait nécessaire que la monarchie devienne représentative. Il voulait donc que la Révolution fût raisonnable (voir plus loin ses remarques à propos de Montesquieu), et que s’établisse une monarchie constitutionnelle (opinion de très nombreuses personnes dont, notamment, Mirabeau, le duc de Lauzun, le comte de Narbonne, Michel Regnaud de Saint-Jean d’Angély, le marquis de Condorcet avant qu’il devienne un farouche républicain, dès juillet 1791, avant même Robespierre). Philippe Antoine Grouvelle  avait fondé le 30 septembre 1790, avec Cerutti et Rabaud de Saint-Etienne, un journal, La Feuille villageoise, dans lequel il publia des articles et des poèmes. Cette publication, anticléricale, était partiellement financée par des fonds publics. Il participa aussi en 1790 à la création de La Société de 1789 (fondée sous l’impulsion de Sieyès et de La Fayette), dont il fut un des secrétaires, née d’une scission du Club des Jacobins pour faire contrepoids à son influence grandissante, stabiliser le nouveau régime et éviter ses excès; son objectif était de « recadrer la Révolution vers une orientation modérée et de combattre le radicalisme outrancier [… ] qui prédominait au sein des Jacobins » (Pierre d’Amazit, Barnave, le conseiller secret de Marie-Antoinette, préface d’Alain Decaux, Le Sémaphore, 2000, p. 147. ‒ Le Club des Feuillants reprendra les idéaux modérés de la société de 1789). La Société de 1789 était un club fermé, dont les membres se recrutaient par cooptation, qui regroupa l’élite intellectuelle des patriotes (elle comprenait notamment Sieyès, La Fayette, Mirabeau, Bailly, Talleyrand, Lavoisier, Suard; Robespierre la qualifia de « club semi-aristocrate », fustigeant ainsi son caractère modéré, modération qui provoqua le départ de certains de ses membres se radicalisant, tel Condorcet). Elle publia un journal (Le Journal de la société de 1789), dirigé à l’origine par Condorcet (avant sa radicalisation), dont Grouvelle fut un collaborateur (avec Chamfort, André Chénier, Dupont de Nemours, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt), qui publia 15 numéros de la fin 1790 au 15 septembre 1790 (date à laquelle il cessa de paraître. Dans un article intitulé La Délégation de lexercice du droit de la guerre et de la paix, publié dans le premier numéro de 1790, il écrivait ceci, d’une grande sagacité : « en provoquant une guerre, les ministres, au lieu d’élever la puissance royale, courent le risque de l’anéantir »). Sur la Société de 1789 : Augustin Challamel, Les Clubs contre-révolutionnaires, Paris, 1895, p. 391 et s.

Grouvelle fut également un des rédacteurs de la Décade philosophique, littéraire et politique (qui parut de 1794 à 1804), avec notamment Condorcet (qui s’en écarta assez vite, adoptant des positions beaucoup plus radicales que les autres membres, dont Grouvelle), Sieyès, le comte Destutt de Tracy. Étant acquis à la Révolution, même sous les réserves indiquées plus haut, Philippe Antoine Grouvelle fut révoqué par le prince de Condé. Il semble que le Gouvernement lui ait confié des missions secrètes à l’étranger, dans la lignée du fameux Secret du Roi, créé par Louis XV, supprimé officiellement par Louis XVI, mais qui subsista en fait jusqu’à la Révolution (Gilles Perrault, Le Secret du Roi, Fayard, trois tomes, 1992, 1993, 1996). Puis, sous la Révolution, le pouvoir recourut de nouveau à des agents officieux (Olivier Blanc, Les Espions de la Révolution et de lEmpire, Perrin, 1995 ; telle est la raison pour laquelle cet auteur mentionnerait Grouvelle en tant qu’envoyé secret : op. cit., p. 44). Cela explique sans doute aussi, étant déjà d’une certaine manière « aux affaires », qu’il ait pu en 1792, non seulement postuler au poste de ministre des Affaires étrangères, mais obtenir un bon nombre de voix. Cependant, c’est Lebrun qui fut élu par 109 voix contre 91 à Grouvelle. Ce fut une chance pour ce dernier, qui échappa ainsi à la guillotine (destitué le 5 septembre 1793, Lebrun fut guillotiné en décembre, comme d’autres ministres du Conseil exécutif provisoire, Roland et Danton, tandis que Clavière se suicida dans la prison de la Conciergerie ; seuls les ministres Servan et Monge survécurent à la Révolution. Lebrun, né en 1763, sappelait en réalité Tondu, et était prêtre). En revanche, Grouvelle fut nommé secrétaire du Conseil exécutif provisoire le 10 août 1792. En effet, il avait été convenu que celui qui n’obtiendrait pas le ministère serait le secrétaire du Conseil : « Un membre a observé que l’un et l’autre de ces sujets [Grouvelle et Lebrun] étaient également propres à remplir la place de secrétaire du Conseil ; il a demandé que cette place fût dévolue à celui d’entre eux qui n’obtiendrait pas le ministère [des Affaires étrangères]. L’Assemblée […] décrète la proposition » (Recueil des Actes du Comité de salut public, publié par François Alphonse Aulard, Paris, 1er volume, 1889, p. 3, 10 août 1792). Cette fonction le préserva d’avoir à prendre des décisions, à une période où elles furent souvent bien fâcheuses.

De par sa fonction de secrétaire du Conseil, Grouvelle eut l’horrible mission d’aller au Temple, en compagnie du ministre de la justice, annoncer à Louis XVI, le 20 janvier 1793, la sentence de mort ; les témoins relatent qu’il tremblait et avait de la peine à parler.

Modéré, Philippe Antoine Grouvelle s’était élevé contre la Montagne et les Montagnards (nom donné aux extrémistes pendant la Révolution, parmi lesquels Robespierre et Saint-Just), ce dont témoigne un poème d’André Chénier. Du reste, il fut même catalogué comme contre-révolutionnaire (Augustin Challamel, Les Clubs contre-révolutionnaires, Paris, 1895), ce qui est excessif. Cependant, au fil des mois ses déclarations épousèrent l’air du temps, entraîné par la folie révolutionnaire, ne serait-ce que par peur lorsque les événements prirent un tour tragique (alors qu’il était à Paris), ou pour conserver son poste loin des périls (lorsqu’il était au Danemark) ; ses positions devinrent parfois virulentes et décidément anticléricales. En ces temps plus que troublés, nombreux furent les hommes dépassés par les événements qu’ils vivaient…

Bien que déjà en état d’arrestation, Lebrun le nomma in extremis, le 15 juin 1793, ambassadeur à Copenhague (Frédéric Masson, Le Département des affaires étrangères pendant la révolution 1787-1804, Plon, 1877, p. 282), pour lui éviter la prison et l’échafaud. Lebrun était un personnage ambigu qui, encouragé par Brissot, mena sans doute des activités occultes contre-révolutionnaires ou, au minimum, couvrit de telles activités de certains agents du ministère (Cf. Olivier Blanc, Les Espions de la Révolution et de lEmpire, op. cit., pp. 25 et s.) ; il fut exécuté « sans avoir la possibilité de sexpliquer ou de compromettre certains des nouveaux hommes du jour » (Olivier Blanc, op. cit., p. 28).

Grouvelle ne fut pas bien accueilli par la Cour du Danemark ; c’est avec peine et au bout d’un long délai qu’il obtint la reconnaissance de la République. En revanche, la société fut enchantée de son tour d’esprit galant, de sa distinction, de ses dons poétiques, de sa grâce légère, évocatrice des fêtes de Versailles et du Trianon ; il y eut un engouement pour l’esprit et les usages français (Martine Rémusat, « Un Sans-Culotte à la Cour de Danemark », Revue de Paris, 1er août 1912, p. 538 à 578). Grouvelle resta en poste de juillet 1793 à décembre 1799, mais avec un long congé en France en 1797 pendant lequel il se maria (à Copenhague, il rencontra Jean-Etienne Marie Portalis qui s’y était exilé [auquel je suis lointainement apparenté], et il y connut le peintre Allemand Caspar David Friedrich, qui y était venu prendre des leçons de peinture. ‒ Plus tard, Portalis [1746-1807] fut un des principaux auteurs du code civil de 1804 et négociateur du concordat de 1801, puis ministre des cultes ; voyez sur lui : Joël-Benoit d’Onorio, Portalis, Dalloz, 2005. ‒ Et sur Friedrich [1774-1840] : Marcel Brion, Peinture romantique, Albin Michel, 1967, p. 145 et s.). En tant qu’ambassadeur, Grouvelle eut à connaître dix ministres des Affaires extérieures ; la plupart ne restèrent en fonction que quelques mois (certains même seulement quelques jours), à l’exception de Charles Delacroix (3 novembre 1795 ‒ 15 juillet 1797) et de Talleyrand (qui occupa pour la première fois ce poste, qui le rendit célèbre, du 15 juillet 1797 au 20 juillet 1799, puis de nouveau en 1799, et cette fois pour sept ans, nommé par Bonaparte quelques jours après le 18 Brumaire). Le ministre Charles Delacroix est le père du peintre Eugène. Grouvelle avait probablement connu Talleyrand avant que celui-ci fût ministre, car il avait été employé comme agent officieux du ministère par Lebrun (qui l’envoya notamment à Londres : Olivier Blanc, Les Espions de la Révolution et de lEmpire, op. cit., p. 31).

Revenu en France en décembre 1799, à la fin de son ambassade au Danemark, Philippe Antoine Grouvelle effectua une mission secrète à Hambourg (Olivier Blanc, Les Espions de la Révolution et de lEmpire, op. cit.), puis fut élu député de la Seine au Corps législatif en 1800 et réélu en 1802, membre correspondant de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques). Sa carrière publique s’acheva avec l’Empire, Napoléon ne l’appréciant pas. Désabusé et sans doute déprimé, Grouvelle se retira à la campagne, à Varennes-Jarey, dans l’actuel département de l’Essonne (et non pas Varennes en Argonne [Meuse] où fut arrêté Louis XVI, contrairement à ce qu’écrivent nombre de compilateurs, se recopiant les uns les autres). Il y mourut de « fièvre pernicieuse » à 49 ans, oublié de tous.

Il a été un des premiers actionnaires de la Banque de France. Sur la première page des actionnaires de celle-ci, à sa création en 1800, figure son nom, en dessous de celui de Bonaparte, à côté de ceux d’Hortense de Beauharnais, de Bourrienne, de Duroc et de Murat (fac simile dans Gabriel Ramon, Histoire de la Banque de France, Grasset, 1929).

Avant la Révolution, Philippe Antoine Grouvelle s’était acquis une certaine notoriété. Cependant Rivarol, dans son ouvrage humoristique Le Petit almanach de nos grands hommes pour l’année 1788, se moquait de lui : « M. Grouvelle est un des plus profonds métaphysiciens en vers qui existent au XVIIIe siècle. Ayant conspiré avec environ trois cents jeunes poètes à la gloire du prince de Brunswick, il fit une ode que nous méditons encore. Son caractère n’est pas moins remarquable que son talent. Le jour où l’on donna pour la dernière fois la première représentation de sa pièce (L’Épreuve délicate), M. Grouvelle montra une gaieté qui charma ses amis et dit de bons mots que ses amis retinrent » (p. 90 dans la réédition de cet ouvrage à Paris, 1808). Grouvelle lui rendit la monnaie de sa pièce, en composant avec son ami Cerutti un pamphlet contre Rivarol, Satire universelle, prospectus dédié à toutes les puissances de l’Europe (Paris, 1788). Sa première pièce, L’Épreuve délicate, avait été un échec retentissant, relaté par Grimm à Diderot : « La malveillance décidée avec laquelle le public a reçu ce premier essai des talens dun jeune homme eût été bien décourageante pour lui, si le prince auquel il a le bonheur dêtre attaché (le prince de Condé) ne leût consolé de ce mauvais succès, en lui disant avec une bonté charmante : “Mon cher Grouvelle, je vous dirai, comme le prince de Condé au marquis de Créqui après la première bataille quil eût perdue : Il ne vous manquait plus que cette leçon pour devenir un bon général » (Correspondance de Grimm et de Diderot, édition de 1830, p. 365, à la date de juin 1785).

Philippe Antoine Grouvelle est l’auteur ou l’éditeur de plusieurs ouvrages (dont un opéra qui avait été joué devant Marie-Antoinette à Versailles et apprécié par elle, Les Prunes), notamment De l’Autorité de Montesquieu dans la révolution présente (Paris, 1789), Mémoires historiques sur les Templiers (1806), la première édition en ordre chronologique des Lettres de Madame de Sévigné (11 vol., Paris, 1806), les Œuvres de Louis XIV (6 volumes, 1806), dont les volumes I et II forment les Mémoires pour l’instruction du Dauphin (Grouvelle est le dernier à avoir eu le manuscrit intégral entre les mains, on ne sait pas ce que sont devenus certains passages).  Voici l’origine de cette publication : En 1786, Louis XVI  chargea « le général Grimoard dun travail destiné à léducation de ses enfants, quil voulait diriger lui-même. Il remit une copie des Mémoires, en lui demandant den classer les diverses parties et dy ajouter des éclaircissements. Et cest cette copie qui […] servit de point de départ à lédition de 1806, dont le général confia le soin à Grouvelle » (Jean Longnon, Introduction aux Mémoires de Louis XIV, Tallandier, 1978, p. 25). « Lédition de Grouvelle a rendu de grands services : elle a vraiment révélé les Mémoires de Louis XIV » (Jean Longnon, op. et loc. cit.).

Grouvelle, qui avait connu Voltaire, était l’ami de Condorcet, de Lavoisier et d’André Chénier (ce dernier le cite dans les Iambes [Œuvres poétiques, éd. Moland, 1889, tome 2, p. 289]). Il connaissait l’ancêtre des féministes, Marie-Olympe de Gouges, écrivain polygraphe, qu’il défendit dans ses démêlés avec les théâtres (Olivier Blanc, Marie-Olympe de Gouges , une humaniste à la fin du XVIIIe siècle, éd. René Vienet, 2003, p. 58, 71, 74); comme lui elle était royalise constitutionnelle, avant de devenir républicaine modérée, opposée aux violences. Grouvelle était membre de la loge Des neuf sœurs, fondée en 1776 par l’astronome Jérôme Lalande, dont le Grand maître était le duc de Chartres. Son objectif était la diffusion des « Lumières », l’instauration d’un nouvel ordre judiciaire et le soutien de l’indépendance américaine. Grouvelle était un des « officiers » de la loge, avec le titre d’Introducteur (sur cette loge : Louis Amiable, Une loge maçonnique davant 1789, Alcan, 1897, cite Grouvelle à plusieurs reprises). Elle comportait de nombreux écrivains, artistes et savants, dont Voltaire, Florian, Fontanes, Marmontel, Chamfort, Sieyès, Greuze, Houdon, Hubert Robert, Vernet, Sade, Sieyès, Bailly, Lacepède, Jussieu, Benjamin Franklin, ainsi que des membres de la noblesse, comme le duc de La Rochefoucauld et son cousin le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, le prince Camille de Rohan, le marquis d’Arcambal (maréchal de camp), le vicomte de Noé, Romain de Sèze (l’avocat qui défendit courageusement Marie-Antoinette). « À feuilleter les archives des Neuf sœurs, on a parfois l’impression que la France entière y avait adhéré » (Amin Maalouf, Un fauteuil sur la Seine, Grasset, 2016, p. 132). Le jour de la réception de Voltaire, le 7 avril 1778, sous la présidence de Lalande, assisté du comte de Strogonoff (« Grand garde des sceaux » de la loge, chambellan de l’Impératrice de Russie) et du vicomte de Noé (grand maître des cérémonies), Grouvelle figura parmi ceux qui lurent des « compliments » (Claude Manceron, Les Hommes de la liberté, Robert Laffont, tome 1er, 1972, p. 605). Outre le latin et le grec, il connaissait l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol et le danois.
Son ouvrage De l’Autorité de Montesquieu dans la révolution présente fait l’éloge de certains éléments de L’Esprit des lois (ouvrage auquel avait collaboré son beau-père Jean d’Arcet, voir ce nom), assorti d’une vive et pertinente critique d’autres aspects. L’auteur admire beaucoup Le Contrat social de Rousseau et les théories fumeuses de celui-ci. Philippe Antoine Grouvelle plaide pour la liberté, l’égalité, la suppression des privilèges, la généralisation de l’instruction, notamment pour les femmes, etc. Mais il entend surtout montrer que la France n’a pas de constitution, et qu’il est nécessaire que les États Généraux lui en donne une. Il ne développe pas son contenu, tout en indiquant qu’elle doit prévoir un Roi et un Corps représentatif (une Assemblée) ; que le Roi doit conserver un pouvoir certain, précisant que « l’excessive diminution de l’autorité royale a de grands dangers » (p. 54). Il voulait préserver l’autorité et la liberté du monarque, tout en les plaçant sous le contrôle d’une Assemblée pour éviter tout retour de l’absolutisme. Grouvelle sent bien que cela ne sera pas facile : « Les États Généraux vont naviguer entre deux écueils, la rigueur inconciliante (sic) des principes, et la molle ou perfide ressource des palliatifs ; la route est périlleuse pour leur inexpérience » (p. 125). Il écrit en note p. 125 que « L’Histoire réserve à Louis XVI la plus belle place qu’aucun Roi de France ait occupé dans ses fastes », pour avoir rétabli la liberté et l’égalité. Au fond, il partageait la tendance « monarchiste constitutionnelle » du club des Feuillants et de ceux qui furent appelés les « monarchiens » (désireux de stabiliser la Révolution et adeptes d’une monarchie constitutionnelle fondée sur un pouvoir fort du souverain. Dans cet esprit, le comte de Lally-Tollendal présenta à l’Assemblée le 31 août 1789, au nom de son comité de constitution, un projet de constitution très équilibré; hélas, il ne fut pas même mis en discussion, déplaisant par trop aux députés dits patriotes et même à certains députés aristocrates (Alexandre Maral, Les Derniers jours de Versailles, Perrin, 2017, p. 423 et s.). Nombreux étaient ceux qui épousaient ces vues, dont Turgot († 1781), Mirabeau ou Cambacérès. Mirabeau, dès avant la Révolution, souhaitait que la France se dotât d’une constitution, comme il l’exposa dans de nombreuses lettres et dans plusieurs opuscules. Il voyait la Révolution arriver et il craignait qu’elle affaiblisse le pouvoir royal. « Une constitution : voilà donc la base de toute économie, de toute ressource, de toute confiance, de toute puissance. Ils seraient tout-à-fait ignorants de la nature des choses et des hommes ceux qui croiraient que l’autorité royale peut être affaiblie par ce qui augmentera d’une manière incalculable sa puissance » (Suite à la dénonciation de l’agiotage, 1788, p. 70 et s. ; si Mirabeau écrit qu’une constitution augmentera la puissance royale, c’est notamment parce qu’elle lui permettrait de faire voter les impôts par une assemblée élue, sans dépendre des Parlements qui s’opposaient sans cesse au souverain). Quant à Cambacérès (1753-1824), il écrivait que des hommes bien intentionnés espéraient encore que l’Assemblée nationale fortifierait « l’autorité publique, par le maintien d’un juste équilibre entre le Peuple et le Roi » (Mémoires inédits, t. 1, Perrin, 1999, p. 71).
Roland, le publiciste et brièvement ministre de l’intérieur (à deux reprises), surtout célèbre par sa femme, avait de l’animosité contre de nombreuses personnes, dont Grouvelle (Françoise Kermina, Madame Roland ou la passion révolutionnaire, préface André Castelot, Perrin, 1976, p. 183-184, 217-218).

Remarques. 1. La franc-maçonnerie, introduite en France vers 1730, se développa rapidement dans la haute société, fruit de l’anglomanie qui régnait en ce temps dans l’élite. À cette époque, elle était encore d’inspiration chrétienne (Bernard Lecomte, Tous les secrets du Vatican, Perrin, 2019, p. 347 et s.), même si certaines obédiences antichrétiennes étaient déjà apparues. L’initiation maçonnique exigeait que l’impétrant fût baptisé et qu’il prêtât serment sur l’Évangile. Pour honorer saint Jean, patron des maçons, les loges faisaient célébrer deux messes par an, à la saint Jean d’été (saint Jean Baptiste, 24 juin) et à la saint Jean d’hiver (saint Jean l’évangéliste, 27 décembre). Le Grand Orient de France était la seule branche maçonnique qui n’imposait pas à ses membres une croyance religieuse. D’une part, même si le Saint Siège avait condamné la franc-maçonnerie à deux reprises, en 1738 et 1751, ces condamnations n’avaient pas force exécutoire en France, n’ayant pas été avalisées par le Parlement de Paris (comme cela était nécessaire en raison des règles gallicanes admises par l’Église). Si bien que la mode était d’entrer dans une loge, de sorte que nombreux étaient les membres de la haute bourgeoisie et de la noblesse à être franc-maçon (comme la Reine Marie-Antoinette l’indique dans une lettre à son frère : Gonzague Saint-Bris, La Fayette, Filipacchi, 1988, p. 355) . C’est le cas du duc de Montmorency-Luxembourg, de la la princesse de Lamballe, de Talleyrand, du comte Joseph de Maistre (qui deviendra le grand écrivain contre-révolutionnaire que l’on sait), Philippe de Noailles (prince de Poix), le général de Beauharnais, l’amiral d’Estaing, des Clermont-Tonnerre, Cossé-Brissac, Crillon, Crussol, Choiseul, Colbert, Durfort, Dreux-Brézé, Gramont, Harcourt, La Rochefoucauld, Montesquiou-Fezansac, Ségur, Castres. Le duc de Chartres, cousin germain du Roi, et Louis XVI furent francs-maçons (comme les deux frères du Roi, les futurs Louis XVIII et Charles X) de la  « Loge Militaire des Trois frères Unis », fondée en 1775 (Louis Amiable, op. cit., p. 96; Emmanuel Pierrat, Les Francs-maçons et les Rois de France, Dervy, 2019). De plus, de nombreux ecclésiastiques figuraient dans les loges (Joël-Benoit d’Onorio, Portalis, op. cit., p. 74, dont le cardinal Consalvi, Secrétaire d’État de Pie VII et négociateur du Concordat avec Napoléon ; Louis Amiable, op. cit., en donne une liste pour la loge Des neuf sœurs ; certaines abbayes comportaient même une loge maçonnique, dont Cluny et Clairvaux !). « Les plus grands noms y rencontraient les plus grands talents et se frottaient aux bourgeois. (…) Les extrémistes Français reprochaient à la franc-maçonnerie ses origines aristocratiques, sa modération et surtout le fait que, grâce à elle, la subversion totale des valeurs aurait pu être évitée, et les réformes accomplies progressivement, sans désordres, sans effusion de sang » (Marcel Brion, Mozart, Perrin, 2005, p. 339 ; Mozart était franc-maçon, comme le sera Goethe). Cependant, les loges étaient d’esprit réformiste (comme le Roi, même s’il n’avait pas la force de caractère pour faire accepter les réformes indispensables), voire révolutionnaire (Gaston Martin, La Franc-Maçonnerie française et la préparation de la Révolution, PUF, 1926. ‒ Jean de Lannoy, La Révolution préparée par la Franc-maçonnerie, préface S. Coubé, éd. Lethielleux, 1911 ; a été réédité en 2016 par Omnia Veritas, disponible sur internet. ‒ Pierre Chaunu, Jean Tulard , Emmanuel Leroy-Ladurie et Jean Sévilla, Le Livre noir de la Révolution française, Cerf, 2008). Il est certain que les loges furent un des lieux où germèrent les idées révolutionnaires (issues aussi largement des philosophes dits des Lumières), et le caractère fondamentalement antichrétien de la Révolution est avéré (Jean Dumont, La Révolution française, Criterion, 1984, p. 187 et s. ; antichrétien plus qu’antiaristocrate, du moins au début ; sur son lit d’agonie, Mirabeau déclara le 2 avril 1791 « Vous n’arriverez à rien si vous ne déchristianisez pas la Révolution », cité par Jean-François Colosimo, La Religion française, Cerf, 2019, p. 263) ; Edmund Burke l’avait relevé dès 1790 (dans ses célèbres Réflexions sur la Révolution de France). Du reste« les premiers personnages emblématiques de la réaction furent des francs-maçons notoires » (François-Xavier Testu, « La devise de la République française : III/… Fraternité », RTD civ. 2021, p. 263 et s., n° 9). Presque tous les principaux maçons de la Révolution furent envoyés à l’échafaud ; et les loges furent quasiment anéanties lors de la Terreur (François-Xavier Testu, op. et loc. cit.) ; elles furent rétablies par Napoléon sous la direction de Cambacérès.

2. La majorité des nobles, parmi les plus grandes familles, et, a fortiori, des bourgeois adhéra avec enthousiasme aux idées de 1789, avant de se détacher de la Révolution devant la tournure prise par celle-ci. Aux États Généraux, certains grands noms du royaume, gagnés aux « Lumières », défendaient les idées nouvelles, notamment le prince de Poix et son frère le comte de Noailles, le vicomte Matthieu de Montmorency, Stanislas de Clermont-Tonnerre, le prince Victor de Broglie, le duc d’Aiguillon, le marquis de Montesquiou, le duc de La Rochefoucauld, son cousin le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, le duc de Lauzun, le comte de Castellane, le comte de Lally, etc. Quant à Chateaubriand, il avait été séduit par les idées générales de liberté et de dignité humaines formulées par la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789. Le drame des États Généraux fut que, pendant ses deux premiers mois, le clergé et la noblesse firent preuve, dans sa majorité, d’une intransigeance coupable (comme auparavant lors de l’Assemblée des notables en 1789), cause de leur décision de s’auto proclamer Assemblée nationale, avant de dégénérer de la funeste façon que l’on sait (sur le détestable comportement du clergé et de la noblesse durant les deux premiers mois des États Généraux voir notamment l’analyse d’Alexandre Maral, Les Derniers jours de Versaillesop. cit., p. 77 s.)

3. Le nom de Condorcet se trouve souvent dans cette notice. On ne mesure sans doute plus aujourd’hui l’importance de ce personnage. Le marquis Nicolas Caritat de Condorcet (1743-1794, d’une famille de vieille noblesse), est célèbre pour ses travaux pionniers sur la statistique, les mathématiques et les probabilités, son analyse des modes de scrutin, ainsi que par ses écrits philosophiques (en disciple et ami de d’Alembert) comme de son action politique, tant avant la Révolution que sous celle-ci (où il fut plusieurs fois député et eut des responsabilités). Il fut élu à l’Académie des sciences en 1769 (dont il devint le secrétaire perpétuel en 1776), puis en 1782 à l’Académie française (contre Bailly). Avant la Révolution sa renommée était considérable dans toute l’Europe. Son maître et ami Turgot le nomma inspecteur général de la Monnaie en 1775, poste qu’il occupa jusqu’à sa suppression en 1790. Modéré au début de la Révolution, souhaitant conserver la royauté mais avec une constitution et une déclaration des Droits de l’homme, il se radicalisa après la fuite à Varennes (tout en combattant les excès révolutionnaires) et devint un farouche républicain, tandis que son anticléricalisme s’exacerba. Siégeant parmi les Girondins, il proposa une refondation du système éducatif ainsi que du droit pénal. Il prit la défense des droits de l’homme, soutint les droits des femmes, des Juifs et des Noirs (il adhéra à la Société des amis des Noirs), milita pour un impôt progressif et pour l’abolition de la peine de mort. La Convention nationale ordonna son arrestation en 1793 et, après s’être caché pendant neuf mois à Paris, il tenta de fuir mais fut rapidement arrêté ; placé dans une cellule, il fut retrouvé mort le surlendemain. Sur ce personnage : Élisabeth et Robert Badinter, Condorcet. Un intellectuel en politique, Le livre de poche, 2e éd., 1990.

4. Philippe Antoine Grouvelle est l’arrière-grand-père de ma grand-mère paternelle. C’est en sa mémoire qu’elle demanda que je fus prénommé Philippe.

Philippe Grouvelle (1799-1866), fils de Philippe Antoine, il naquit à Copenhague (où son père était ambassadeur). Chimiste (élève de Thenard) et ingénieur, Philippe Grouvelle fut inventeur dans le domaine de la chaleur, du chauffage, de la ventilation et d’appareils médicaux, ainsi qu’auteur d’ouvrages scientifiques (dont Le Guide du chauffeur et du propriétaire de machines à vapeur ou essai sur l’établissement, la conduite et l’entretien des machines à vapeur; précédé de principes pratiques sur la construction des fourneaux, qui eut quatre éditions, la première datant de 1830, la dernière de 1859 ; le chauffeur s’entend ici de la personne qui est chargée d’entretenir le feu de la machine). Il fonda une entreprise de chauffage central ; elle fut chargée d’installer le chauffage dans de nombreux monuments (dont le Petit Palais à Paris, comme en témoigne une inscription dans le péristyle). À l’entrée du musée monétaire (hôtel de la Monnaie, quai Conti à Paris), une grande plaque en bronze portait l’inscription « Philippe Grouvelle, Ingénieur civil » ; il semble qu’elle ait été enlevée lors de la rénovation du bâtiment en 2017. Au début du XXe siècle, la société Grouvelle, devenue depuis longtemps Grouvelle-Arquembourg, fabriqua aussi des radiateurs et des carburateurs pour les premières automobiles. La société Grouvelle-Arquembourg subsista sous ce nom jusqu’en 1965, date à laquelle la famille en perdit le contrôle et où elle fut absorbée par un concurrent. Philippe Grouvelle avait épousé Louise Coffin (1816-1881), petite-fille de Charles Coffin (voir à ce nom). Il avait séjourné en 1821 chez La Fayette, dans son château de la Grange. Dans La Presse du 18 septembre 1852, Alexandre Dumas qualifie Philippe Grouvelle de « mon vieil ami ».

Laure Grouvelle (1802-1856), fille de Philippe Antoine, sœur de Philippe (V. ci-dessus) ; hostile à Louis-Philippe, elle fut impliquée faussement par un étudiant (Vallantin), soudoyé par le préfet Delessert (en 1838), dans le procès d’un conspirateur (Huber), et fut condamnée pour complot contre l’existence du gouvernement à cinq ans de détention (malgré sa défense par Jules Favre, avocat célèbre et député), ce qui était d’une extrême sévérité pour une simple imprudence. Emprisonnée brièvement à Clairvaux, puis à Montpellier (où elle fut accompagnée par sa femme de chambre), elle y perdit la raison ; elle fut ensuite transférée à Tours où elle mourut. Elle était liée à Arago (qu’elle avait connu chez le baron Thenard), qui l’avait demandée en mariage), Dumas (qui parle d’elle dans ses mémoires), Lamennais, Mérimée (la mère de Mérimée, Anne-Louise Mérimée, née Moreau  [1774-1852], fit d’elle un beau portrait romantique, très admiré par Dumas : Mes Mémoires, tome 7, Michel Lévy, 1863, p. 235). Laure Grouvelle avait été membre du bureau de l’association pour « l’instruction du peuple ».
Elle eut une conduite héroïque lors de l’épidémie de choléra de 1832, à l’issue de laquelle elle fut décorée ;  il y eut à Paris près de 20.000 morts (sur 786.000 habitants) entre avril et juillet 1832, dont le premier ministre (Casimir Périer), et le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences (Cuvier). Mérimée avait été désigné par le gouvernement pour surveiller la mise en œuvre des mesures prises pour lutter contre le choléra, tâche dont il s’acquitta avec grand courage (Xavier Darcos, Mérimée, Flammarion, 1998, p. 114).

Laure Grouvelle fut un moment emprisonnée avec Marie Lafarge (1816-1852), qui en parle dans ses mémoires. Cette femme, fille naturelle du duc d’Orléans (Philippe Egalité),  avait été condamnée pour avoir empoisonné son mari (il semble qu’en réalité celui-ci soit mort de la fièvre typhoïde). Son procès avait passionné toute la France (Laure Adler, LAmour de larsenic : histoire de Marie Lafarge, Denoël, 1986).

Louis Blanc (1811-1882, historien et homme politique) relate dans Histoire de dix ans, 1830-1840 (tome 5, Garnier, 12e éd., 1871, p. 314 et s.) l’affaire dans laquelle fut impliquée Laure Grouvelle. Il écrit sur l’accusée : « Elle unissait à une exaltation politique extraordinaire un dévouement sans bornes ; sa tête était d’une républicaine audacieuse et son âme d’une sœur de charité […] dans le choléra, elle s’était attachée à un hôpital, soignant les malades, consolant leur agonie, vivant au milieu de la contagion de la mort. Sous le poids d’une accusation capitale, elle resta calme, et se mit à confesser sa foi une assurance exempte d’affectation. Dans la dernière audience, les plaidoiries étant terminées, et le président ayant demandé à Mademoiselle Laure Grouvelle si elle n’avait rien à ajouter à sa défense, elle se leva et dit : “Si je prends la parole, Messieurs les jurés, c’est pour donner un témoignage public de gratitude à celui qui est venu avec tant de courage, ‒ elle désignait Hubert, ‒ apprendre quelle a été ma vie, quelles sont mes pensées les plus intimes. Mon cœur est pour lui plein d’admiration et d’affection”. […] Se tournant du côté de Vallantin [son dénonciateur], qui, pâle, les yeux baissés, paraissait atterré sous le remords : “Que j’apporte aussi quelque consolation à une conscience qui, je le crois pour l’honneur de l’humanité, n’est pas tranquille et a besoin d’être consolée. Vallantin, Hubert […] et moi, nous vous pardonnons vos inventions infâmes. Si jamais vous êtes malheureux, malade, abandonné de tous, souvenez-vous que je suis au monde”». […] Hubert écouta avec beaucoup de sérénité la lecture du verdict, qui le déclarait coupable de complot concerté et arrêté dans le but de changer ou de détruire la forme du gouvernement [il fut condamné à la déportation] ; mais quand il entendit le nom de Mlle Grouvelle, un cri terrible s’échappa de sa poitrine, et une arme qu’il tenait cachée brilla dans sa main. [On l’empêcha de se donner la mort]. Furieux, hors de lui, Hubert se répandait en imprécations, et du milieu des gardes entre les mains desquels il se débattait : “cette femme, s’écriait-il avec une violence inouïe, elle est innocente ! Misérables ! Vous avez condamné la vertu même ! Un jury français ! Oh ! L’infamie !” ».

Laure Grouvelle « était blonde avec les plus beaux cheveux du monde ; des yeux bleus abrités sous des cils albinos donnaient une suprême expression de douceur à sa physionomie qui, cependant, prenait une grande fermeté lorsque, des lignes supérieures, on descendait aux lignes de la bouche et du menton » (Dumas : Mes Mémoires, op. cit.).

Alexandre Antoine Grouvelle
 (1800-1878), fils de Jean-François Grouvelle, époux de Constance Saviot (1807-1892), chevalier de la Légion d’honneur. En tant que maire adjoint du VIIIe arrondissement de Paris (nommé par l’Empereur Napoléon III), Alexandre Antoine prononça le mariage de Claude Monet et de Camille Doncieux (28 juin 1870) ; les témoins étaient Manet et Courbet (fac simile dans Marianne Alphant, Claude Monet, une vie dans le paysage, Hazan, 1993, p. 193). Sa fille Cécile épousa Fernand Auburtin, conseiller d’État.

Antoine Henri Grouvelle (1843-1917), petit-fils de Philippe Antoine et fils de Philippe, ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1861). Directeur général des manufactures des tabacs (à ce titre, il habitait un hôtel particulier sis sur les quais [l’actuel quai Branly], démoli dans les années 30). Entomologiste (président de la société entomologiste de France en 1891 et 1897), spécialisé dans l’étude des coléoptères, plus précisément des clavicornes tropicaux ; il en découvrit un certain nombre (dont Laccosternus grouvellei et Lacophilus grouvellei) et un en commun avec Albert Argod (le grand-père de la femme de son petit-fils Jean-Jacques le Tourneau). Auteur de quelques 200 publications sur les coléoptères, dont quelques livres, et d’ouvrages sur diverses inventions (relatives à l’industrie du tabac). « Il semble bien que la Commune soit la cause indirecte de sa vocation entomologiste. En effet, en 1871, lui et ses frères se réfugièrent à Fontainebleau et en profitèrent pour explorer la forêt. Grouvelle collecte des insectes et en publie la liste (1871). Parmi ses captures, deux petits coléoptères sont difficilement identifiables. Ce sont deux clavicornes, dont l’un est nouveau pour la faune française et l’autre totalement inconnu ; il sera baptisé Laemopholoeus juniperi (1872). Le sort en était jeté : Grouvelle sera le spécialiste des micro-coléoptères, et en particulier des cucujides du monde entier. Il fera néanmoins quelques entorses à sa spécialité en s’intéressant aux bruches (1875) et aux dermestes (1917) » (Jean Lhoste, Les Entomologistes français, 1750 – 1950, INRA [Paris], 1987, p. 85-86).

Chevalier de la Légion d’honneur, commandeur de l’ordre du Soleil levant (Japon). Antoine Grouvelle fut un familier de Sadi Carnot (Président de la République de 1887 à 1894) et de Félix Faure (Président de la République de 1895 à 1899) et rencontra le duc d’Aumale.

Il épousa Agnès de Lacerda (1850-1934, voir à ce nom), descendante du Prince Alphonse de Lacerda (V. à ce nom). Le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen, autorisa que le mariage fût célébré pendant l’Avent (le 8 décembre 1874) !

Sa femme et lui étaient liés notamment à André Antoine (directeur de théâtre et metteur en scène), Jean Renouard (poète et auteur dramatique), Maurice Chassang (poète), Xavier Privas (poète et compositeur), Henri Poincaré (mathématicien et philosophe), Louis Carrier-Belleuse (peintre, sculpteur et céramiste), Léon de Rosny (linguiste et orientaliste), Maurice Maeterlinck (prix Nobel de littérature), José Maria de Heredia (de l’Académie française, qui dédia un poème impromptu sur un carnet de la maîtresse de maison [le poème est donc resté inédit]), Maurice Maindron (entomologiste [il fut président de la société entomologiste de France en 1910, fonction occupée antérieurement par Grouvelle à deux reprises], historien et romancier, qui épousa la fille aînée de José Maria de Heredia. ‒ Proust fréquenta brièvement le salon des Heredia). Il connut certainement son contemporain Jules de Gaulle (1855-1922), oncle du général Charles de Gaulle, entomologiste amateur et qui présida la société entomologiste de France en 1912.

Le ménage eut deux filles, Louise (Mme Maurice Travers ; voir plus loin la notice) et Marie (Mme Marcel le Tourneau). Cette branche de la famille Grouvelle est éteinte. Agnès de Lacerda a tenu un journal pendant le siège de Paris et la Commune (1870-1871), qui se trouve sur ce site.

Au début du siècle dernier, Antoine Grouvelle passait généralement une partie de l’hiver à Nice avec sa famille, dont son petit-fils Jean-Jacques le Tourneau (voir plus loin à ce nom), dans une maison voisine de celle de son ami Albert Argod, qui venait également avec sa famille, dont sa petite-fille Geneviève Barbe. Les deux petits-enfants en question, Jean-Jacques et Geneviève, se marièrent en 1934 ; ce sont mes parents (dont je suis le troisième enfant sur sept).

Chevalier Joseph de Laborde-Lassale (1737-1796), cousin germain de Jean d’Arcet (1724-1801, voir sa notice), lieutenant des vaisseaux du Roi, marié le 10 mai 1769 à Rosalie d’Abadie de Saint-Germain (1740-1820).

Sur cette famille : A. de Laborde-Lassale (arrière petit-fils de Joseph), Une famille de la Chalosse, 1723-1852, 417 pages, imprimerie Séverin Serres (Saint-Sever-sur-Adour), 1902 (imprimé à la demande par la BNF et Hachette).

Prince Ferdinand de La Cerda (1275-1322), « infant » de Castille et de León (Espagne), fils aîné de Ferdinand de La Cerda (1255-1275). Son grand-père était Alphonse X le sage (1221-1284), Roi de Castille et de León qui avait épousé Yolande d’Aragon (fille du Roi Jacques 1er). Son père le déshérita, sur fond de guerre civile. Son arrière-grand-mère, Bérengère de Castille, fille aînée d’Alphonse VIII, Roi de Castille, et mère de saint Ferdinand III de Castille (1199-1252), épousa Alphonse IX de León. Sœur de Bérengère, Blanche de Castille épousa Louis VIII, père du Roi de France Louis IX (saint Louis). Saint Ferdinand III de Castille, père d’Alphonse X, roi de Castille et de León, était donc le cousin germain de saint Louis.

L’infant Ferdinand de La Cerda épousa en 1269 Blanche de France (née en 1253), 8e enfant survivant (sur 11) de (Jean Richard, Saint Louis, Fayard, 1983, p. 440). Leurs deux fils furent :

‒ L’infant Alphonse de La Cerda, dit le déshérité, comte de Medinaceli (1270-1334), qui s’exila en France, s’y  maria et obtint de Philippe le Bel la baronnie de Lunel. Tandis que ses trois filles se marièrent en Castille et que l’un de ses fils s’établit dans la péninsule ibérique, les trois autres, dits d’Espagne, se fixèrent en France. Charles de La Cerda/Lacerda, dit d’Espagne, fut élevé à la cour du roi de France Philippe VI de Valois (1293-1350), neveu de Philippe le Bel, avec le futur roi Jean II le bon (1319-1364). Devenu roi, celui-ci lui donna en 1351 le comté d’Angoulême (qu’il s’était pourtant engagé à confier à son gendre Charles de Navarre), ainsi que le titre et la charge de connétable de France (en 1350). Il aurait été son « favori ». Charles de Lacerda fut assassiné près d’Evreux en 1354, à l’instigation de Charles de Navarre (Micheline Dupuy, Le Prince noir. Édouard, Seigneur d’Aquitaine, Perrin, 1970, p. 106 et 108-109). Il avait épousé en 1351 Marguerite de Blois. Ils n’eurent pas d’enfant. Le Pape accorda à Louis de Lacerda, frère de Charles, amiral de France (en 1341), comte de Talmont, le titre honorifique et illusoire de Roi des Îles Fortunées (les Canaries), qui venaient d’être découvertes.

‒ L’infant Ferdinand de La Cerda, prince de Lara (1275-1322), reçut le royaume de Murcie (il eut quatre enfants).

Au gré des alliances matrimoniales, leurs descendants se retrouvèrent en France, en Espagne, au Portugal et en Sicile. Des descendants d’Alphonse de Lacerda, issus du Portugal, participèrent à la conquête Brésil et s’y établirent. Fille d’Agnès de Lacerda, Marie Grouvelle, épouse de Marcel le Tourneau (voir à ce nom), en descend.

Antoine de Lacerda (1834-1885), oncle d’Agnès de Lacerda, ingénieur, industriel, créa et fut un des principaux actionnaires de la compagnie des transports de Bahia, constructeur de « l’ascenseur hydraulique de la Conception » de Bahia, appelé depuis ascenseur Lacerda (il fut considéré à l’époque comme une prouesse technique) ; il fonda aussi avec Antoine de Albuquerque une importante usine de coton à Valence (Brésil), visitée le 23 janvier 1860 par l’Empereur et l’Impératrice (qui déjeunèrent sur place). Il avait épousé Adèle de Montobio (une Belge) puis, après son veuvage en 1877, Julie Navarro da Cunha Menezes. Le premier maire de Bahia avait été un de ses ancêtres.

Agnès de Lacerda (1850-1934) était la fille de Louis de Lacerda (qui est mort assez jeune, foudroyé, mais dont je ne connais ni l’année de sa naissance ni celle de sa mort) et de Marie Niedermeyer (de Hambourg, décédée en 1851, sans doute en couches à la naissance de sa seconde fille). Louis était lui-même le fils d’Antoine-François de Lacerda (1798-1872) et d’Angélique de Sampaio Vianna (1807-1877) ; Antoine-François, Portugais naturalisé Brésilien, participa au mouvement pour l’indépendance du Brésil (proclamée en 1822), autour de l’Empereur Pierre Ier, et fut un des premiers industriels du Brésil. Tous leurs enfants firent leurs études en Europe (France, Angleterre, Suisse ; ils s’écrivaient entre eux plus souvent en français qu’en portugais).

Agnès de Lacerda était orpheline ; c’est sa grand-mère, veuve d’Antoine François de Lacerda [1798-1872], née Angélique de Sampaio Vianna [1807-1877], qui autorisa son mariage avec Antoine Grouvelle (V. ce nom).

L’article 7 du testament de sa grand-mère Angélique, du 31 janvier 1877, indiquait : « Je veux que tous les esclaves que je possède soient libres à dater de mon décès, ce testament servant de titres d’affranchissement» ; certains des esclaves prirent Lacerda comme nom patronymique. l’esclavage ne fut officiellement aboli au Brésil qu’en 1888 par l’Empereur Pierre II, ce qui dressa contre lui les riches planteurs ; un soulèvement de l’armée le renversa en 1889.

Alban Laibe (1881-1956). Ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1902), Alban Laibe avait choisi l’armée et avait été officier au Sahara de 1908 à 1912. Il fut d’abord nommé à Ménaka (situé à 300 km à l’est de Gao, au sud de l’Adrar des Iforas, actuel Mali, et à 200 km au nord de Niamey, actuel Niger), où il crée un poste, pacifia les Touareg Oulliminden, et créa les premières unités méharistes opérationnelles régulières. En 1911, il devint l’adjoint au commandant du cercle d’Agadez (dans l’actuel Niger, devenue aujourd’hui une ville de 100 000 habitants), et commanda le groupe monté d’Azbin. En 1912, il participa aux reconnaissances de la partie transsaharienne du projet de chemin de fer transafricain, étudiant le tronçon de Silet (à proximité de Tamanrasset, ermitage du Père de Foucauld auquel il rendit visite) à Ansongo, sur le Niger, près de Gao. Il démissionna de l’armée en 1913, pour se marier et devint directeur d’une usine. Pendant la guerre de 1914-1918, capitaine puis chef d’escadron, il commanda une batterie de l’artillerie lourde, fut blessé et gazé à la fin de 1917.

Après la guerre, il redevint directeur d’une usine, poste qu’il quitta en 1922 pour fonder à Paris l’Agence Coloniale Française, qui publiait un quotidien du soir d’informations économiques et financières, intitulé Agence française & coloniale et un hebdomadaire (La Semaine coloniale). Il fut administrateur de plusieurs sociétés. Officier de la Légion d’honneur, commandeur de l’Ordre de l’Etoile d’Anjouan et du Nichan Iftikar, croix de Guerre 1914-1918, médaille coloniale.

Il avait épousé Marie Grouvelle, veuve de Marcel le Tourneau (décédé en 1912) ; c’est donc lui qui éleva Jean-Jacques le Tourneau, et les enfants de celui-ci le considérèrent comme leur grand-père (indépendamment de tout lien biologique). Nous étions amusés par son monocle, qui voltigeait devant lui. La famille Laibe est éteinte.
Alban Laibe écrivit des notes de route sur son aventure saharienne, Au pays des hommes voilés. Ce texte n’a été publié qu’en 2007, avec des photos de l’auteur, par les éditions Mémoires d’hommes, Paris). Il s’agit d’un ouvrage la fois ethnologique, ethnographique, historique et géographique.

Joachim Le Breton (1760-1819, mort au Brésil, à Rio de Janeiro) ; il avait été clerc régulier Théatin, professeur de philosophie dans son ordre à Tulle, qu’il abandonna lors de la Révolution. En 1794, il fut nommé chef du bureau des Beaux-Arts, chargé d’organiser le musée du Louvre ; lorsque Vivant Denon (1747-1825) fut nommé en 1802 directeur du Musée central (Le Louvre), Le Breton devint son auxiliaire le plus loyal et le plus dévoué. Chef des bureaux des musées à l’Instruction publique. Membre du Tribunat (en 1800), membre de l’Institut (dès sa création en 1795), à l’Académie des sciences morales et politiques, puis à celle des Beaux-Arts (lorsqu’elle fut créée en 1802), dont il fut le premier Secrétaire perpétuel (de 1803 à 1814). Il participa à l’inauguration de la nouvelle salle des séances dans l’ancienne chapelle du collège des Quatre Nations (où l’Institut siège toujours).

S’étant opposé avec véhémence, lors de la Restauration, à la confiscation des collections du Louvre voulue par Wellington (à qui il reprocha le vol des frises du Parthénon) et à la restitution des œuvres saisies par Napoléon, il fut éliminé de l’Institut en même temps que le peintre David. L’ambassadeur du Portugal lui offrit sa protection ; ce qui le conduisit à s’exiler au Brésil, avec un groupe de peintres et d’artistes, pour y fonder une école des sciences, arts et métiers, sous la protection du roi Jean VI. Mais, accusé d’apporter des idées révolutionnaires, il fit l’objet d’une cabale, de sorte que son projet échoua. Il légua sa collection de tableaux de diverses écoles artistiques européennes, qui se trouve aujourd’hui au musée national des Beaux-Arts à Rio de Janeiro. Il publia plusieurs ouvrages de rhétorique, notamment La Logique adaptée à la rhétorique (Paris, en 1789, mais avant le début de la Révolution). Il avait épousé en 1794 Julie-Anne d’Arcet (1772-1856), fille de Jean d’Arcet (voir la notice à ce nom). ‒ Sur ce personnage : H. Jouin, Joachim Le Breton, premier Secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts, Paris, 1892.

Frank Margerin (né en 1952), auteur de très nombreuses bandes dessinées, dont Tranches de brie, Les Humanoïdes Associés, 1979 ; Chez Lucien, Les Humanoïdes associés, 1985 ; Lucien se met au vert, Les Humanoïdes associés, 1989 ; Lucien, le retour, Les Humanoïdes associés, 1993 ; Momo le coursier, Albin Michel, 2002 ; Momo roule toujours, Albin Michel, 2003 ; Le Grand saut, Albin Michel, 2005. Margerin a reçu Grand prix de la ville d’Angoulême en 1992.

Francisco Moniz Barreto de Aragao (1846-1922), d’une famille installée au Brésil depuis le XVIe siècle ; juriste formé à l’Université d’Heidelberg (Allemagne), journaliste et écrivain. Il avait épousé Ana de Lacerda (1850-1946), élevée en France et en Angleterre, sœur d’Antoine de Lacerda.

Egas Moniz Barreto de Aragao (1870-1924 ; dans sa jeunesse, il ajoutait souvent à son nom celui d’une branche de sa famille Sousa Menezes), fils de Francisco Moniz Barreto de Aragão (1846-1922) et d’Ana de Lacerda (sœur d’Antoine de Lacerda). Il épousa sa cousine Elisa de Lacerda Valente (1874-1964). Docteur en médecine (1895), médecin hospitalier, professeur de français puis d’allemand au lycée de Bahia, professeur à la Faculté de médecine de la même ville (à partir de 1907), poète (sous le pseudonyme de Pethion de Villar), député de 1921 à sa mort, collaborateur de nombreuses revues brésiliennes et étrangères dans le domaine médical et littéraire, membre correspondant de l’Académie de médecine de Paris et de plusieurs autres institutions étrangères.

Il rédigea directement en français (mais aussi en allemand) de nombreux poèmes, publiés dans diverses revues suisses et françaises (dont La Revue mauve, Le Renaissance latine, Le Mercure de France), admirés notamment par Rostand et Zola. Ses œuvres poétiques complètes ont été publiées (Poesia completa, MEC, 1978, 506 pages). Une étude leur a été consacrée par A. Gouveia, Pethion de Villar, Chevalier du Rêve et de lIdéal. – Interprétation du Symbolisme (édition Beneditina, Bahia, 1970). Voir aussi C. Veiga, O Poeta Pethion de Villar : Una figura romanesca (éditora Record, Rio de Janeiro, 2001).

Jean-Jacques (dit James) Pradier (1790-1852), né à Genève. Statuaire très célèbre dès son vivant, membre de l’Académie des Beaux-Arts (élu en 1827), officier de la Légion d’honneur, James Pradier était l’ami de la plupart des artistes et des écrivains de son époque, qui se pressaient dans son salon ; Hugo et Flaubert y étaient assidus. Il encouragea Berlioz. Tous les musées du monde convoitent d’avoir de ses œuvres (les musées du Louvre et d’Orsay en possèdent plusieurs), qui sont très nombreuses (environ 350 connues). Il sculpta notamment, à Paris, la fontaine Molière, la Renommée sur l’Arc de triomphe, la Liberté et l’Ordre public (statues encadrant la tribune du président de l’Assemblée nationale), les villes de Lille et de Strasbourg place de la Concorde, quatre bas-reliefs sur les pendentifs de la troisième coupole de La Madeleine, les douze Victoires entourant le tombeau de Napoléon, l’Industrie au péristyle de la Bourse, neuf statues sur la façade du Sénat donnant sur le jardin, Phidias dans le parc des Tuileries (maintenant au Louvre) ; dans la cathédrale de Versailles, le mausolée du duc de Berry ; à Dreux, dans la chapelle nécropole Saint-Louis, de nombreuses statues des membres de la famille du Roi Louis-Philippe ; à Avignon, une Vierge dans la cathédrale ; à Nîmes, une importante fontaine place de l’Esplanade ; à Aigues Mortes, la statue de Saint Louis sur la place centrale ; à Genève, Rousseau, dans l’île du Lac portant le nom de cet écrivain. Il fit le buste du docteur Flaubert (père de Gustave), et de Caroline Flaubert (sœur de Gustave; il est considéré comme le plus beau des bustes réalisés par Pradier) ; ces deux œuvres se trouvaient à la mort de Flaubert dans sa demeure (Croisset, près de Rouen; ils sont actuellement au musée d’Antibes). Dumas possédait dans son château de Marly une série de bustes de dramaturges par Pradier.

Il est souvent cité par Balzac dans ses romans (et qui possédait un buste de lui). Victor Hugo le mentionne dans Choses vues 1847-1848, et écrivit un bel article sur lui. Flaubert le cite dans L’Éducation sentimentale, et très souvent dans sa correspondance (généralement sous l’appellation de « notre Phidias » ou « le Phidias Français », en souvenir du sculpteur Athénien du Ier siècle avant J.-C. ; il le considérait « comme le meilleur sculpteur de son temps », lettre du 9 juin 1852).  Flaubert fut très affecté par la mort de Pradier (qu’il utilisa pour celle de Charles Bovary) ; à cette nouvelle il écrivit à sa maîtresse, Louise Colet, « j’en suis resté ahuri toute la journée » (lettre du 9 juin 1852 ; il fit écrire, tant à Louise Colet qu’à son ami Bouilhet,  de vastes poèmes en hommage à Pradier, à la rédaction desquels il participa). La correspondance de Pradier a été publiée par Douglas Siler pour les années 1790 à 1846 (Droz, 3 vol., 1984-1988), avec de nombreuses et savantes annotations. Elle comprend les lettres de Pradier et celles de ses correspondants, parmi lesquels Flaubert.
Le salon de Pradier était très fréquenté, principalement par nombreux artistes et écrivains, dont Flaubert, qui y fit connaissance de plusieurs de ses maîtresses (notamment la femme de Pradier et Louise Colet).

Je ne suis pas Toulousain et n’habite Toulouse que depuis 1990 ; j’ai été amusé de constater que le nom de Pradier est gravé sur la façade du Palais des Beaux-Arts de cette ville, avec une douzaine d’autres artistes de renom.

Louise Pradier, née Louise d’Arcet (1814-1885, fille de Jean-Pierre, voir sa notice), épousa James Pradier en 1833 à Saint-Germain-des Prés (elle était veuve, s’étant mariée à 17 ans avec Antoine-Florent Dupont, architecte, qui mourut du choléra quelques mois après, lors de la grande épidémie de cette maladie). Les Pradier eurent trois enfants, dont  John (1836-1912), peintre (il en existe une descendance). Louise Pradier était très belle (« une statue de chair, la beauté épanouie, le charme voluptueux » : A. Houssaye, Souvenirs d’un demi-siècle, 1830-1880, éd. Dentu, 1885, t. I, p. 404). Le salon de Louise Pradier était réputé et recherché : « Il était plus difficile d’avoir droit de cité dans ses salons que d’aller à la Cour. Il fallait pour cela être célèbre, ou avoir plus d’esprit que les hommes célèbres » (A. Houssaye, op. cit., p. 405) ; tous les artistes et écrivains de renom s’y retrouvaient (dont, parmi les écrivains, Balzac, Flaubert, Hugo, Vigny).

Louise Pradier donnait des fêtes somptueuses, mais menait une vie désordonnée et ruina sa famille (pour payer ses dettes, son mari fut notamment obligé de vendre sa propriété de campagne, sise à Ville d’Avray, qui appartient aujourd’hui à la commune : Douglas Siler, Du Nouveau sur la genèse de « Madame Bovary », Rev. d’histoire littéraire de la France, 1979/1, p. 26 s., spéc. p. 37). Elle fut la maîtresse de Flaubert en 1847 et en 1856, qui lui rendit régulièrement visite jusqu’à sa mort. Douglas Siler publia le journal d’une relation de Louise Pradier, relatant la vie de celle-ci (Mémoires de Madame Ludovica, Archives des lettres modernes, 1973, n° 145). Flaubert se serait inspiré de certains épisodes de la vie des Mémoires de Madame Ludovica en écrivant Madame Bovary (V. à ce propos : C. Gothot-Mersch, La Genèse de « Madame Bovary », José Corti, 1966, p. 43-50 ; Douglas Siler, Du Nouveau sur la genèse de « Madame Bovary », préc., dont la conclusion p. 47 : « les Mémoires de Madame Ludovica furent bel et bien une des plus importantes sources du roman »). Louise Pradier avait fait suivre un de ses amants par Vidocq (Douglas Siler, Du Nouveau sur la genèse de « Madame Bovary », préc., p. 39 ; Vidocq est le modèle du Vautrain de Balzac).

Paul Pradier-Fodéré (1827-1904), neveu de James Pradier qui, pour se distinguer de celui-ci, ajouta à son patronyme celui de sa mère (Marie-Cécile, 1795-1875, fille du professeur Emmanuel Fodéré, qui inventa la médecine légale). Paul fut d’abord avocat à Paris, puis professeur à l’École des sciences politiques (devenue Science Po). En 1874 il fonda à Lima la Faculté des sciences politiques et administratives, dont il devint le doyen. Il rentra en France en 1880 ou 1881 et fut nommé conseiller à la cour d’appel de Lyon. Correspondant de l’Institut, chevalier de la Légion d’honneur, il avait reçu divers ordres étrangers. Il était parti pour le Pérou avec évidemment sa femme et son fils mais aussi sa mère. Il fut l’auteur d’un grand nombre de publications, dont un Précis de droit commercial (chez Guillaumin), 2e éd. en 1866. Un Précis de droit administratif, 2e éd. en 1872. Un Cours de droit diplomatique, Durand-Pedone, 2 volumes, 1re éd. en 1881. Un Traité de droit international public (le premier sur ce sujet en France), chez Pedone, de 8 énormes volumes, publiés de 1885 à 1906 (poursuivi par son fils Paul mais néanmoins inachevé).

Camille Pradier-Fodéré, fils de Paul, fut d’abord journaliste puis magistrat à Saint-Étienne. Auteur De los derechos y deberes de las naciones en tiempo de pax, en tiempo de guerra, y en el estado de neutralidad, Impresa del Estado, Lima, 1877 ; Lima et ses environs, tableaux des mœurs péruviennes, Pedone, 1897.

Bertrand le Tourneau (né en 1937), fils de Jean-Jacques (V. la notice plus loin), ingénieur agronome, archéologue, historien spécialiste des Celtes. Auteur d’une Nouvelle histoire des Celtes (éd. Baudelaire),  tome 1 : De l’Altaï à l’Occident, des millénaires d’Histoire (2012, 504 p.) ; tome 2 : Conquête de l’ancien nouveau monde et Renaissance celtique (Conquête de l’ancien nouveau monde et Renaissance celtique), 2017, 450 p.

Et une série de publications consacrées aux trésors mégalithiques de l’Ardèche, dont : Les temples sacrés de pierre taillée des lieux-dits Chalencon et Chalancon (éd. La Bouquinerie, 2008, 232 p.) ; Vernoux-en-Vivarais, antique Vernol, terre de légendes. Promenade préhistorique et celtique (éd. du Net, 2015, 144 p.) ; Préhistoire et légendes revisitées de Rochepaule (éd. du Net, 2016, 114 p.) ; Alboussière et Champis : un patrimoine mégalithique exceptionnel (éd. du Net, 2018, 158 p.).

Son site : sites.google.com/site/sitedebertrandletourneau

Un de ses cinq enfants, Thierry (né en 1966), docteur en médecin et docteur ès sciences, est professeur de physiologie – cardiologie à la Faculté de médecine de Nantes.

Mgr Dominique le Tourneau (né en 1942), fils de Jean-Jacques (V. la notice plus loin), Docteur en Droit canonique, prêtre, chapelain de Sa Sainteté, ancien professeur de Droit canonique à Lyon, juge ecclésiastique à Lille, membre du Conseil des questions canoniques de la Conférence des évêques de France, membre titulaire de l’Académie Delphinale, commandeur de l’Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, auteur notamment de :  Jean-Paul II (PUF, Que sais-je?, 2004) ;  Les Mots du christianisme, catholicisme, orthodoxie, protestantisme (742 p., Fayard, 2005) ; L’Opus Dei (PUF, Que sais-je?, 6e éd., 2006) ; Manuel de Droit canonique, Wilson & Lafleur (Montréal, 2011, distribué en France par les éd. Le Laurier, Paris) ; Droits et devoirs fondamentaux des fidèles et des laïcs dans lEglise, éd. Le Laurier, 2011 ; Pie XII et la Shoah, Téqui, 2011 ; La Dimension juridique du sacré, Wilson & Lafleur (Montréal, 2012) ; Vade mecum de la vie consacrée, Traditions monastiques, 2014 ;  Les Communautés hiérarchiques de l’Église catholique, Wilson et Lafleur (Québec), 2016 ; Vivre dans l’intimité de Jésus en incarnant l’Évangile, Parole et Silence, 2017 ; Guide des sanctuaires mariaux de France, Artège, 2019 ; Tout savoir sur saint Joseph, Artège, 2020 ; La Politique concordataire du Saint-Siège, L’Harmattan, 2020 ; Jeanne d’Arc et l’éveil du sentiment patriotique royal/national, L’Harmattan, 2020 ; Les Blessures du Christ, lumières pour la vie chrétienne, Artège, 2023.

Sous sa direction et celle de P.-R. Ambrogi : Dictionnaire encyclopédique de Marie, 1600 p., éd. Artège, 2015 ; Dictionnaire encyclopédique de Jeanne d’Arc, 2012 p., Desclée de Brouwer, 2017.

Son site : http://dominique-le-tourneau.blogspot.fr

François-Michel le Tourneau (né en 1972, petit-fils de Roger, V. la notice plus loin), ancien élève de l’École Normale Supérieure (Ulm), agrégé de géographie, docteur ès sciences de l’information géographique, HDR, directeur de recherches au CNRS, auteur notamment de : Les Yanomami du Brésil – Géographie d’un territoire amérindien,  Belin 2010 ; L’Amazonie brésilienne et le développement durable (direction avec M. Droulers), Belin 2011; Le Jari. Géographie d’un grand fleuve amazonien, Presses universitaires de Rennes, 2013 ; L’Amazonie. Histoire, géographie, environnement, éd. du CNRS 2019.

François-Régis le Tourneau (né en 1967) , petit-fils de Jean-Jacques (V. la notice plus loin, fils de Gérard), Institut d’études politiques de Paris, INSEAD ; depuis 2015 Corporate Supply Chain Standards and Prospective Director chez L’Oréal. Sa femme (née Nathalie de Moustiers) et lui ont eu six enfants entre 2001 et 2008. A dirigé l’ouvrage collectif  Supply Chain Vision, publié par Aslog en 2018.

Jean le Tourneau, procureur du Roi en la sénéchaussée et siège présidial d’Angers au XVIIIe siècle.

Jean-Jacques le Tourneau (1908-1999). Fils de Marcel le Tourneau et de Marie Grouvelle (1883-1969, elle-même fille d’Antoine Grouvelle, V. la notice de ce nom), Jean-Jacques le Tourneau épousa en 1924 Geneviève Barbe (dite Géva, 1908-2018, fille de Louis Barbe [1883-1911], ingénieur de l’École centrale et de Paule Argod [1886-1962], qui avaient été mariés dans la chapelle du château de La Rolière par Mgr Chesnelong [1856-1931], à l’époque évêque [royaliste] de Valence, plus tard archevêque de Sens ; tant qu’il fut sur le siège de Valence il passa ses vacances à La Rolière, château de la famille Argod). Ils eurent sept enfants (Gérard, Bertrand, Philippe, Dominique, Christian, Xavier et Marie-Béatrice [Mme Dominique-Jean de Quina]).

Jean-Jacques le Tourneau était ingénieur de l’École nationale des mines de Paris (promotion 1928) et licencié en Droit. Il fut brièvement aide de camp du Roi Alphonse XIII d’Espagne (alors qu’aspirant il suivait les cours de l’école d’application de l’artillerie, sise au château de Fontainebleau). Après son abandon du pouvoir, le Roi séjourna à l’hôtel Savoy à Avon de 1931 à 1934 (avant de s’installer à Rome où il mourut). Le Roi, informé de ce que J.-J. le T. descendait du prince Alphonse de Lacerda, considéra bien singulière la situation d’avoir comme aide de camp un représentant d’une famille royale espagnole antérieure à la sienne!).

Lieutenant de réserve (d’artillerie de montagne), faisant les fonctions de capitaine, il fut sur le front des Alpes du sud en 1939-1940 (au saillant de Saorgue du plateau de La Béole, au-dessus du cours de la Roya)Dans les régiments de montagne les officiers vivent en grande proximité de leur troupe, sans vraie distinction de rang. Pour occuper ses soldats, J.-J. le Tourneau leur fit construire une route de montagne pendant la plus grande partie de la « drôle de guerre » (3 sept. 1939-10 mai 1940), route qui fut ensuite élargie et goudronnée. Sa compagnie ne tira qu’un seul coup de canon, à l’issue duquel tout un corps d’armée italien se rendit, avec en tête son général. L’armée des Alpes, dirigée par le général Olry, fut victorieuse, tant contre les forces italiennes que contre les forces allemandes. Ni les unes ni les autres ne parvinrent à percer la ligne principale de défense. L’armée des Alpes ne comportait que 180 000 hommes contre 300 000 Italiens, dirigés par le prince Umberto, fils du Roi Victor-Emmanuel III  (celui-ci abdiqua le 9 mai 1946 en faveur d’Umberto, qui se retira dès le 13 juin, un référendum s’étant prononcé en faveur de la République). C’est en grande partie grâce au fait que l’armée des Alpes fut invaincue que la France obtînt une zone libre lors de l’armistice de 1940 (sur la guerre des Alpes : Henri Azeau, La Guerre franco-italienne, juin 1940, Presses de la Cité, 1967.

Jean-Jacques le Tourneau était entré à Saint-Gobain en 1932. Chef du service administratif puis des transports (1942-1948), adjoint au directeur du département des produits chimiques (1948-1955), il fonda en 1955 le service des accords techniques et des affaires extérieures en vue de procéder à des transferts de maîtrise industrielle, par des projets sains et profitables pour toutes les parties. Il réalisa dans cet esprit des complexes industriels dans le monde entier. Il fut le directeur de ce service des accords techniques et des affaires extérieures à Saint-Gobain puis, à la suite de fusions, à Péchiney-Saint-Gobain, enfin à Rhône-Poulenc jusqu’en 1973. Président (1973-1978) de la Compagnie pour la cession de licences (Cofral), puis président d’honneur. Il avait été administrateur de sociétés en Espagne, France, Grèce, Hollande, Inde, Italie, au Mexique et au Pakistan, conseiller du commerce extérieur et président de sa commission d’Europe méridionale (1967-1973).

Administrateur de la Caisse centrale d’allocations familiales de la région parisienne (1946-1954), membre de la commission administrative de l’URSSAF de la région parisienne (1948-1954) et président de la commission de contrôle de l’URSSAF (1952-1954). Membre fondateur de la Confédération générale des cadres (CGC), de la Fédération nationale des cadres des industries chimiques et du Syndicat des cadres des industries chimiques. Membre du comité directeur et de la commission de doctrine de la CGC (1945-1954), secrétaire général du Syndicat des cadres de la chimie (1950-1954), membre d’honneur du comité confédéral et du comité directeur de la CGC (à partir de 1954). Il milita toujours pour une réelle participation (et pas simplement pour l’intéressement des salariés). Professeur à l’Essec (1973-1977). Chevalier de la Légion d’honneur. Auteur de nombreux articles économiques publiés dans Le Creuset, Cadres de France, Le Creuset-La Voix des cadres, le Bulletin du Syndicat national des cadres de la chimie.

Nota. J.-J. le T. abandonna en 1954 toutes ses fonctions dans les organisme sociaux (URSSAF) et à la CGC, pour fonder à Saint-Gobain le service des accords techniques et des affaires extérieures, incompatible avec lesdites fonctions, car le conduisant à voyager fréquemment à l’étranger, souvent dans des contrées lointaines, à une époque où les voyages, même aériens, étaient beaucoup plus longs que maintenant.

À l’époque où J.-J. le T. était à la CGC, celle-ci avait la culture de propositions constructives, ainsi que la recherche de l’intérêt général et du bien commun ; et non pas la posture qui est souvent la sienne, depuis sa transformation au début des années 1980 en « Confédération française de l’encadrement – Confédération générale des cadres » (CFE -CGC), d’opposition à toute réforme, d’appels à la grève et de participation à des manifestations aussi fréquentes que stériles. De réformiste elle n’est plus que revendicative.

Selon Jacques Hertz (décédé en 2005, ancien élève de l’École polytechnique, chevalier de la Légion d’honneur), son plus proche collaborateur pendant de nombreuses années, Jean-Jacques le Tourneau « était un homme brillant, non conformiste, enthousiaste, ouvert aux autres, entreprenant, parfois aux limites de ce qui était possible. Il ne s’est pas soumis aux normes de la réussite. Dans de nombreux pays, il a fait rayonner l’éclat de notre créativité, de notre humanisme et de notre foi dans une solidarité universelle : l’Italie, la Grèce, l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Algérie, l’Union Soviétique, le Canada, le Liban, la Jordanie, le Pakistan, la Finlande, la Grande-Bretagne, la Yougoslavie et d’autres pays encore ont été marqués de son empreinte (…). Avec l’appui sans faille de la Compagnie de Saint-Gobain, puis au sein d’une entreprise créée de toutes pièces, J.-J. le Tourneau et l’équipe qui lui a été fidèle, ont mis en œuvre dès les années 1950 la pratique la plus nécessaire à notre temps, le PARTAGE : partage du savoir, partage de la technique, partage du management, partage des marchés, partage de la formation, partage des risques. Il fallait un esprit de grande classe pour convaincre les pouvoirs de faire dans leurs stratégies une place pour le service des autres et pour faire passer sur leurs entreprises ce souffle vivifiant. Les nombreux ingénieurs, techniciens, financiers, juristes et commerçants auxquels J.-J. le Tourneau a ouvert de nombreux horizons lui en sont toujours reconnaissants. Ils lui doivent une bonne part de leur épanouissement personnel. Ils ne l’oublieront pas » (extrait d’une notice publiée dans Mines, Revue des Ingénieurs, mai-juin 1999).

Dans sa tendre enfance, Jean-Jacques le Tourneau, qui habitait Paris (27 rue de l’Université, dans un immeuble où sa famille paternelle s’était installée en 1847), passait une partie de l’hiver à Nice, dans une villa de son grand-père maternel (Henri Grouvelle), sise à côté de la villa du grand-père maternel de sa future femme (Albert Argod); et ses vacances dans une vaste demeure près d’Angers, entourée d’un beau parc, bâtie par un de ses ancêtres au début du XIXe siècle, résidence de campagne de ses grands-parents paternels. Il y séjourna aussi pendant presque toute la première guerre mondiale, son beau-père (Alban Laibe) étant au front et sa mère étant infirmière bénévole auprès des blessés de la guerre, comme beaucoup de dames de la société. Après la guerre, son grand-père étant décédé, son tuteur vendit cette propriété (il était orphelin), ce que regretta toujours Jean-Jacques le Tourneau. Son tuteur ne sut pas gérer sa part de la vente, pas plus que son capital d’actions ou que le fruit de la vente des terrains que possédait son père et du cabinet d’architecte de celui-ci. Jean-Jacques le Tourneau racontait avec amusement que, lorsqu’il eut la majorité, son tuteur lui rendit ses comptes de tutelle et le solde des avoirs ; ce dernier lui servit à payer le repas qu’il offrit à son tuteur pour le remercier de ses soins : il ne restait rien d’autre !

La femme de Jean-Jacques le Tourneau, Geneviève Barbe (1908-2018), organiste et pianiste, fut formée par la nièce de Litz. Jusqu’à son mariage en 1934 et les premières années après celui-ci, elle passait ses vacances dans la propriété de campagne de son grand-père Albert Argod, un immense château dans la Drôme (La Rolière), aux trois tours du Moyen Âge, une salle d’armes avec des armures sur pied, une chapelle extérieure, de nombreuses dépendances, quatre fermes, un vaste parc (l’ensemble dirigé par un régisseur), dont elle a toujours gardé la nostalgie après sa vente peu avant la seconde guerre mondiale.

Le grand-père de Geneviève le Tourneau, Albert Argod (1856-1936), était industriel (il dirigeait une entreprise prospère de vêtements et d’ornements religieux dans la Drôme, fondée en 1831 par son grand-père, qui exportait dans le monde entier et employa à une époque plusieurs centaines d’employés) et à ses heures perdues entomologiste, spécialiste des coléoptères (Jean Lhoste, Les Entomologistes français, 1750 – 1950, INRA [Paris], 1987, p. 94). C’est par ceux-ci qu’il fit la connaissance d’Antoine Grouvelle (il découvrit même avec lui un nouveau coléoptères, Argodi-Grouvellei), de sorte que le mariage de Jean-Jacques le Tourneau et de sa femme Geneviève est le fait de ces insectes ! Le chauffeur d’Albert Argod était un prince Lyapounov ; il avait une lectrice et, à la fin de sa vie, atteint de la maladie de parkinson, on le déplaçait en chaise à porteurs. Imaginez la stupéfaction des jeunes lorsque je leur relate que mon arrière grand-père, à une époque tout de même pas si reculée (il est décédé en 1936), était véhiculé dans son château et son parc en chaise à porteurs !

Geneviève le Tourneau était cousine du photographe Henri Cartier-Bresson (1908-2004). La mère de ce dernier, qui habitait un bel hôtel particulier dans le VIIIe arrondissement de Paris, m’impressionnait lorsqu’elle me dévisageait avec son face-à-main. Sur le photographe, parmi de très nombreux ouvrages: Pierre Assouline, Henri Cartier-Bresson. L’œil du siècle, Plon, 1999; Clément Chéroux, Henri Cartier-Bresson. Le tir photographique, Gallimard, 2008; Clément Chéroux, Henri Cartier-Bresson, Centre Pompidou, 2013; Matthieu Humery (direction), Henri Cartier-Bresson. Le Grand Jeu, Marsilio, 2020.

Geneviève le Tourneau était aussi apparentée par sa grand-mère ardéchoise à la famille Ladreit de Lacharrière, illustrée à ma génération par Marc, flamboyant homme d’affaires et mécène, membre de l’Institut (propriétaire notamment de la Revue des deux mondes et auteur de Le Droit de noter. Les agences de notation face à la crise, Grasset, 2012).

Entrée dans sa 110e année le 25 septembre 2017, entourée de ses enfants, Geneviève le Tourneau était depuis cette date la doyenne de la ville de Paris. Elle est décédée dans son sommeil le 28 novembre 2018.

Marcel le Tourneau (1874-1912), d’une famille originaire de Saint-Sylvain d’Anjou (dans une belle demeure construite par un de ses ancêtres architecte au début du XIXe siècle), qui s’était installée à Paris en 1846 (27 rue de l’Université, où il naquit et mourut ; un de ses petits-fils, mon frère Xavier, habite toujours à cette adresse). Elle comptait un architecte de père en fils depuis de nombreuses générations (auparavant, ils avaient surtout été « maîtres charpentiers » à Angers. Les membres de cette corporation, celle de saint Joseph, exerçaient un art de haute technicité et de prestige qui était, jusqu’à la révolution industrielle, réservé à une élite par initiation selon J. Paternot et G. Veraldi, dans Dieu est-il contre l’économie ? éd. de Fallois, 1989, p. 158). Dès le Moyen Âge, dans la hiérarchie des artistes (sans le nom), « à côté de l’orfèvre, c’est l’architecte qui s’élève au sommet de cette hiérarchie » (J. Le Goff, dans J. Le Goff [direction], L’Homme médiéval, Points Seuil, 1989, p. 30). Comme son père, il effectua jeune-homme son Grand tour d’Italie, ce qui était de tradition pour les intellectuels et artistes Français de Montaigne à 1914. Fidèle à la tradition de sa famille, Marcel le Tourneau fut en 1901 architecte diplômé par le Gouvernement, dit généralement DPLG (pendant des siècles, le titre d’architecte était libre, jusqu’à la création d’un diplôme spécifique en 1869. ‒ V. sur les architectes : J.-M. Leniaud, Les Bâtisseurs d’avenir. Portraits d’architectes XIXe – XXe siècle, Fayard, 1998). Marcel le Tourneau avait été élève de l’atelier de Gaston Redon, frère du peintre Odilon Redon.

Il construisit des immeubles et hôtels particuliers à Paris, des châteaux et des usines en province. Il restaura aussi un certain nombre de châteaux historiques (son père, Ernest [ 1844-1917], architecte, avait restauré en 1866 celui de Vauvenargues [en Provence], que Picasso acheta en 1958 et où il est enterré). Marcel le Tourneau travailla également à Royallieu, près de Compiègne, sur une ancienne abbaye (où Philippe le Bel aimait venir prier), rebaptisée château, appartenant à Étienne Balsan (1878-1954, fortuné éleveur et entraîneur de chevaux), où séjourna Gabrielle Chanel (dite Coco Chanel) de 1905 à 1909. À Royallieu, où Balsan recevait beaucoup (notamment Marcel le Tourneau), Coco Chanel entra en contact avec la grande bourgeoisie et l’aristocratie. C’est Balsan qui lui permit de prendre son envol ; il lui conseilla de se lancer dans la couture, l’installa dans un magasin et un appartement lui appartenant à Paris et finança ses débuts ; ses premières clientes furent des amies de Balsan (Edmonde Charles-Roux, LIrrégulière ou mon itinéraire Chanel, Grasset et Fasquelle, 1974). Jacques Balsan (1896-1956) frère de Jacques, épousa en 1921 la richissime Consuelo Vanderbit, divorcée de Charles Spencer Churchill, duc de Malborough.

Marcel le Tourneau était également expert près la cour d’appel de Paris et archéologue. Il effectua de nombreux voyages touristiques et/ou d’étude en Tunisie, Italie, Grèce (Météores et Thessalie, puis en 1905 circuit organisé par l’École française d’Athènes des sites archéologiques), Angleterre, Espagne, Liban, Chypre et Turquie. Il fut chargé de missions scientifiques par le Gouvernement français à Salonique (alors dépendant de l’Empire ottoman, aujourd’hui en Grèce), « relatives à l’archéologie byzantine ». Au cours de celles-ci (en 1907, 1908, 1909, 1910 et 1912), il découvrit et restaura les célèbres mosaïques. Il donna à l’Académie des Beaux-Arts des communications sur ses travaux, exposa en 1903 et 1904 au Salon des Artistes Français des aquarelles des œuvres découvertes, et publia des ouvrage (Les Mosaïques de Sainte-Sophie de Salonique, avec Charles Diehl, membre de l’Institut, 1908 ; Les Mosaïques de Saint-Démétrius de Salonique, avec C. Diehl, 1911 ; Les Monuments chrétiens de Salonique, avec C. Diehl et H. Saladin, 1918). Un grand incendie ravagea Salonique en août 1917 qui, s’il épargna heureusement Sainte-Sophie, détruisit entièrement Saint-Démétrius et ses magnifiques mosaïques découvertes dix ans auparavant, de sorte que leur représentation n’en subsiste que par les clichés et les aquarelles de Marcel le Tourneau. Il mourut jeune d’une maladie contractée à Salonique lors de sa mission de 1912 (Charles Diehl fut le premier titulaire de la chaire d’Histoire byzantine à la Sorbonne, créée pour lui en 1899).

Il avait épousé Marie Grouvelle (1883-1969), descendante du prince Alphonse de Lacerda. Elle accompagna son mari lors de ses missions en Grèce et l’aida.

Sur la suggestion de son directeur spirituel (l’abbé de Gibergues, qui fut ensuite élevé à l’épiscopat) elle fut infirmière et assistante sociale bénévole dans un quartier populaire de Paris, où régnait une pauvreté effroyable ; elle y travailla notamment avec le docteur Robert Proust, frère de Marcel, qui l’appréciait (il loua sa « compétence professionnelle et sa bonté ». ‒ V. sur ledit médecin : D. de Margerie, À la recherche de Robert Proust, Flammarion, 2016). Pendant une partie de la guerre de 1914, tandis que son nouveau mari Alban Laibe était sur le front, elle fut infirmière bénévole de la Société française de secours aux blessés militaires (beaucoup de femmes du monde s’investirent ainsi dans « ce pénible combat de l’arrière » : Alice Bravard, Le Grand monde parisien, préface Christophe Charle, PU Rennes, 2013, pp. 217 et s.). Son mari Marcel le T. est décédé en 1912, d’une maladie infectieuse contractée en Turquie. Elle se remaria eu début 1914 avec Alban Laibe (voir plus haut sa notice). Marcel le T. et sa femme appartenaient à l’élite de la République (C. Charles, Les Élites de la République, Fayard, 1987, 2e éd. 2006).

Madame Marcel le Tourneau était intelligente, cultivée (connaissant, outre le latin, l’anglais, l’allemand, l’italien et l’espagnol), belle et élégante. Nous possédons un grand tableau la représentant debout dans de splendides vêtements et bijoux (ceux-ci dessinés par son mari), ainsi qu’une très belle photographie prise par Nadar en 1907. Longtemps, elle eut une loge à l’Opéra. Dans son grand appartement de la rue de l’Université (7 fenêtres sur cette rue, 7 autres sur la rue du Bac, la maison faisait l’angle et 13 sur les deux cours), elle eut un « salon » pendant la saison (de janvier à juin), avant la « grande » guerre et encore quelques années après, je crois jusque dans les années 1925 (sur sa carte de visite, il était gravé, en petit en bas à gauche, les jours où elle recevait, sans être invitées, les personnes présentées, à savoir : « 2ème mercredi, 3ème et 4ème mardi »). Lorsque son salon cessa d’exister, elle reçut fréquemment pour des thés (jusqu’à son décès), mais pour lesquels il n’y avait pas de jour fixe et où il fallait avoir été convié ; et il me semble que les dîners d’une vingtaine de couverts furent plus fréquents chez elle à partir de ce moment. ‒ V. sur les salons et la vie mondaine à Paris : Anne Martin-Fugier, Les Salons de la IIIe République, Perrin, 2003 ; Alice Bravard, Le Grand monde parisienop. cit.). Elle avait sa loge à l’Opéra. Dès après la première guerre, elle eut sa propre voiture, qu’elle conduisait elle-même, alors qu’il y avait peu de voiture à cette époque et encore moins de conductrices.

Elle connut de nombreuses personnalités, de milieux variés : hommes politiques ; ecclésiastiques (Mgr de Gibergues qui fut évêque de Valence, Mgr Maurice Rivière qui fut évêque de Périgueux puis archevêque d’Aix-en-Provence, et son frère Mgr Pierre Rivière qui fut évêque de Monaco, l’un et l’autre fils d’un architecte parisien) ; militaires (dont le maréchal Lyautey et l’amiral Emile Guépratte [deux bâtiments de la marine nationale portent ou ont porté son nom : un escorteur d’escadre, désarmé en 1985, et une frégate furtive depuis 1999]) ; membres de l’Académie française (par exemple Heni de Régnier, gendre de José Maria de Heredia, au fauteuil duquel il succéda à l’Académie [il avait été élu face à Zola et Verlaine !], fort célèbre à l’époque, ami de ses parents], très mondain [le modèle des « hommes du monde » disait-on] et jouissant d’une grande réputation d’écrivain en ce temps [son successeur à l’Académie fut son ami Jean-Louis Vaudoyer, au fauteuil duquel succéda Marcel Brion; voir plus haut à ce nom], René Doumic, qui fut directeur de la Revue des Deux mondes de 1916 à 1937, Secrétaire perpétuel de l’Académie française de 1923 à sa mort en 1937 ; il était le gendre de José Maria de Heredia) ; de l’Institut ;  et de la haute société (dont la marquise de Bonneval, la comtesse d’Haussonville [propriétaire du château de Coppet, qui avait été celui de Mme de Staël], le marquis et la marquise de Dion, la marquise de Trévise [cousine d’Antoine de Saint-Exupéry, propriétaire du château de Sceaux, elle tenait un salon littéraire où Malraux fit la connaissance de Louise de Vilmorin chez qui il s’installa à la fin de sa vie], les trois filles de José Maria de Heredia (Hélène, Marie et Louise de Heredia) ; des modèles de Proust (dont Mme Straus).

Madame Marcel le Tourneau se souvenait avoir rencontré l’ancienne Impératrice Eugénie, accompagnée d’une dame de compagnie, rue de Rivoli à Paris, avant la Première guerre. Son père lui avait raconté avoir vu souvent passer la souveraine dans une Daumont, précédée d’un piqueur et suivie d’un peloton de lanciers, ainsi que le petit prince impérial se rendant dans un équipage au bois de Boulogne, par l’avenue de l’Impératrice (devenue l’avenue du Bois puis, après la première guerre mondiale, l’avenue Foch).

Elle était une cousine éloignée du duc Giulio di Verdura (?-1923), par les Lacerda. Or, le prince de Lampedusa, auteur du Guépard, était cousin germain de Giulio di Verdura ; donc Marie Grouvelle était apparentée à l’écrivain. Lors de l’un de ses trajets vers la Grèce avec son mari, qui y effectuait des travaux archéologiques, ils firent une fois escale en Sicile (avant 1912), pour rencontrer Giulio della Cerda duc di Verdura et sa femme (1870- ?). Lorsque ma grand-mère me fit découvrir cette île paradisiaque en 1957, nous rendîmes visite à la duchesse qui, depuis son veuvage, n’habitait plus le palais de son mari, qu’il avait fallu vendre à sa mort, mais celui de sa famille maternelle. La famille était ruinée, de sorte que leur fils Fulco Santostefano (né en 1899) partit pour la France en 1926, où il fut reçu par ma grand-mère. Il dessina des bijoux pour Coco Chanel, puis s’installa en 1934 à New-York. Il mourut à Londres en 1978. Il avait rédigé ses souvenirs, publiés en anglais en 1976 puis l’année suivante en italien (donc achevés dans son esprit). Edmonde Charles-Roux, publia en 1981 Une Enfance sicilienne (Grasset, Paris, 1981), sous son nom, avec la formule d’après Fulco di Verdura. Charles-Roux, loin de se contenter de traduire les mémoires de Fulco, proposa au public français une adaptation du récit, ajoutant des éléments, en retranchant d’autres ; plus grave encore, elle procéda à une récriture générale affectant la structure, la syntaxe et le lexique, induisant une transformation profonde du texte, non seulement stylistique et sémantique mais aussi générique (A. Boumé, « De Estati felici à Une enfance sicilienne : comment l’achèvement vient au texte ? », dans D. Budor et D. Ferraris [dir.], Objets inachevés de l’écriture, Pesses de la Sorbonne nouvelle, 2001 [sur la toile], p. 285 s.). Une Enfance sicilienne, qui n’est donc « plus tout à fait une autobiographie et pas complètement un roman, relève d’un genre intermédiaire, peut-être inédit : la biographie romancée d’un personnage, racontée à la première personne » (A. Boumé, op. cit., n° 51). Le texte-source ne fut plus qu’un canevas et le résultat un palimpseste proche d’un plagiat.

Remarques sur des personnes citées dans la notice de Madame Marcel le Tourneau. Mme Straus, fille du compositeur Jacques Halévy (célèbre en son temps, maître notamment de Bizet et de Gounod), était la veuve de Georges Bizet. C’était une femme remarquable (comme le relève Élisabeth de Gramont, Au temps des équipages, Grasset, Les Cahiers Rouge, 2017, p. 186 et s.). Ses mots d’esprit étaient célèbres comme ceux de la duchesse de Guermantes chez Proust ; son fils Jacques Bizet était un grand ami de Marcel Proust, dont il avait été le condisciple au lycée. Son second mari (Straus), avocat, possédait une belle collection de tableaux impressionnistes ; comme sa femme, il appartenait à la bourgeoisie juive intégrée et mondaine ; Maurice Travers (voir plus loin sa notice) fit son stage d’avocat chez lui.

Hélène de Heredia épousa en premières noces Maurice Maindron (1857-1911), entomologiste (Jean Lhoste, Les Entomologistes français, 1750 – 1950, INRA [Paris], 1987, p. 141 et s.), historien et romancier puis, après son décès, René Doumic (cité plus haut). Marie de Heredia se maria à Henri de Régnier et publia sous le pseudonyme de Gérard d’Houville ; la « marche nuptiale » de son mariage fut composée par Debussy. Louise de Heredia, avait épousé en premières noces l’écrivain Pierre Louÿs puis, en secondes noces, Auguste Gilbert de Voisins. ‒ V. sur ces trois filles de José Maria de Heredia : Dominique Bona, Les Yeux noirs. Les vies extraordinaires des sœurs Heredia, J.-C. Lattès, 1989 ; et sur René Doumic : Gabriel de Broglie, Histoire politique de la Revue des deux mondes, Perrin, 1979, pages 351 et s.

Roger le Tourneau (1907-1971), ancien élève de l’École Normale Supérieure, docteur ès lettres, professeur à partir de 1930 au collège Moulay-Idris à Fès, dont il fut directeur de 1934 à 1940. Directeur de l’Instruction publique de Tunisie en 1941, il fut arrêté par les Allemands après leur débarquement ; déporté en Allemagne, il fut ensuite remis à la disposition du Gouvernement de Vichy et assigné à résidence. Il tenta de se rendre en Afrique du Nord, mais fut arrêté et emprisonné en Espagne. Après la Libération, il fut professeur puis doyen de la Faculté des lettres d’Alger. En 1957, il quitta à regret l’Algérie en proie aux violences, et se fit élire professeur à la Faculté des lettres d’Aix-en-Provence, où il fonda et fut le directeur du Centre de recherches et d’études sur les sociétés méditerranéennes (laboratoire du CNRS). Il fut professeur invité à Princeton. Chevalier de la Légion d’honneur.

Auteur de nombreux ouvrages sur la civilisation musulmane et l’Afrique du Nord, dont La Vie quotidienne à Fès avant le protectorat, Histoire du Maroc moderne, L’Évolution politique de l’Afrique du Nord de 1939 à 1962, L’Islam contemporain. Deux volumes de Mélanges Roger le Tourneau furent publiés en son honneur par la Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée (en 1973). Un « Centre d’histoire Roger le Tourneau » a été créé à la Faculté des lettres de Fès. Sur Roger le Tourneau voyez notamment F. Pouillon (sous la direction de), Dictionnaire des orientalistes Français, Karthala, Paris, 2008.

L’aîné des sept enfants de Roger, Louis le Tourneau (1932-2022), Saint-Cyrien, séjourna en Afrique de 1957 à 1960, comme officier méhariste, puis de 1962-1964 en tant qu’officier du service géographique de l’armée. Il a relaté cette période de sa vie dans un ouvrage en trois volumes, abondamment illustrés, Aventures africaines (éditions Mémoires d’hommes, Paris, 2006 ; tomes 1 et 2 : Méhariste au jour le jour, Mauritanie, 1957-1960 ; tome 3 : Géographe, Mauritanie et Niger, Haute-Volta et Côte d’Ivoire, 1962-1964). C’est Louis, fort de son expérience, qui a « saisi » la plus grande partie les notes de route d’Alban Laibe, Au pays des hommes voilés, les mit au point et les annota (V. la rubrique Alban Laibe).

Les professeurs d’université de la famille le Tourneau. À la génération précédant la mienne, il y eut un professeur d’Université, en lettres, mon oncle Roger (voir à son nom). À la mienne (Philippe), j’étais le seul (en droit). À la suivante, ils sont trois: Thierry (en médecine; voir la notice de son père Bertrand), François-Michel (en lettres ; voir sa notice) et Christophe (en cancérologie à l’université Paris Saclay, mais son lieu d’exercice est l’institut Curie).

Plusieurs de mes ancêtres, portant d’autres noms, furent aussi professeurs d’Université, à la Faculté de médecine de Paris, au Collège royal (l’actuel Collège de France) et au Jardin du Roi (l’actuel Muséum national d’histoire naturelle de Paris). Voir notamment les rubriques de Jean d’Arcet, Jules Cloquet et des deux Rouelle.

A

Guillaume-François Rouelle (1703-1770 à Passy), dit Rouelle l’aîné, fut d’abord apothicaire à Paris (rue Jacob ; il existe toujours une pharmacie au même endroit). Il fut professeur de chimie et de géologie au Jardin du Roi (le Jardin du Roi, appelé ensuite Jardin des plantes, se nomme actuellement Muséum national d’histoire naturelle de Paris). C’était, à l’époque, une institution scientifique « de renommée mondiale » (P. Higonnet, Paris capitale du monde, Tallandier, 2005, p. 123), « la base logistique privilégiée de la diffusion des connaissances de pointe dans le secteur des sciences naturelles et physico-chimiques » (Pierre Chaunu, La Civilisation de lEurope des Lumières, Arthaud, 1993, p. 220). L’élite intellectuelle du temps se pressait à ses cours et expérimentations. Ainsi, suivirent notamment les cours de Rouelle, la comtesse de Brancas, Diderot, Grimm, Lavoisier, les marquises de Nesles et de Polignac, la comtesse de Pons, Rousseau (qui en parle à deux reprises dans Les Confessions), Malesherbes (Jean des Cars, Malesherbes, éditions de Fallois, 1994, p. 37). Membre de l’académie des sciences (élu en 1744), des académies d’Erfurt et de Stockholm, il était l’ami, entre autres personnalités, de Buffon (le célèbre naturaliste était intendant du Jardin du Roi), de Diderot, d’Helvétius, du baron d’Holbach, de Jussieu, de Lacépède, de Lamarck, de Marmontel et de Suard. Il publia quelques brochures scientifiques. Son cours de chimie fut recueilli par Diderot (Jean Jacques, Le Cours de chimie de G.-F. Rouelle recueilli par Diderot, Rev. d’histoire des sciences, vol. 38, n° 1, 1985, p. 43 et s.). « Pour fonds de société, le baron dHolbach avait Diderot, Rousseau, Helvétius, Rouelle…» (H. Taine, Les Origines de la France contemporaine, tome I, p. 368). Rouelle l’aîné eut douze enfants, dont Françoise (1752-1788, qui épousa Jean d’Arcet (1724-1801; V. sa notice). Je descends en ligne directe de ce personnage.

Hilaire-Marin Rouelle (1718 [à Mathieu près de Caen]-1779 à Paris), dit Rouelle le cadet, frère du précédent, chimiste, apothicaire du duc d’Orléans, membre de l’académie des sciences (élu en 1752), des académies d’Erfurt et de Madrid, de l’académie des beaux-arts de Londres, professeur de chimie au Jardin du Roi (poste où il succéda à son frère en 1768). Il découvrit notamment l’urée, et publia de nombreux articles, des brochures scientifiques ainsi que son cours de chimie. Condorcet rédigea sa notice nécrologique pour l’académie des sciences.

Maurice Travers (1870-1938), Lauréat de la faculté de droit de Paris, docteur en Droit (thèse : Les Corporations d’avocats sous l’Empire romain, rééditée par Trieste publishing en 2018), avocat à la Cour d’appel de Paris, secrétaire de la Conférence des avocats au Barreau de Paris (1896-1897), lauréat de l’Institut, professeur à l’Académie de droit international de La Haye, vice-président de la Société de législation comparée, chevalier de la Légion d’honneur, auteur de nombreux ouvrages (dont La Faillite et la liquidation judiciaire dans les rapports internationaux, 1894 ; De la Puissance paternelle et de la tutelle sur les enfants naturels. Étude critique de législation comparée, 2 volumes, 1907 ; La Convention de La Haye relative au divorce et à la séparation de corps ; ses effets, 1909 ; Le Droit pénal international et sa mise en oeuvre en temps de paix et en temps de guerre, 5 volumes, 1920-1922 ; Les Effets internationaux des jugements répressifs, 1925 ; L’Entraide répressive internationale, 1928; La Nationalité des sociétés commerciales, 1931 ; Le Droit commercial international, 2 volumes, 1932-1938). Il était le mari de Louise Grouvelle (sœur aînée de Marie Grouvelle, épouse de Marcel le Tourneau), et le parrain de Jean-Jacques le Tourneau. Il avait commencé sa carrière comme collaborateur de Straus, dont la femme, veuve de Bizet, tenait un salon, où elle recevait notamment les membres du Jockey-Club, des artistes et des hommes de plume ; elle fut un des modèles de Proust ; c’est chez elle que ce dernier fit la connaissance de certains membres de l’aristocratie du faubourg Saint-Germain.

Depuis le décès de Maurice Travers, l’Académie des sciences morales et politiques décerne un prix à son nom destiné à récompenser alternativement des ouvrages imprimés, relatifs au droit international privé ou public et au droit comparé, ou à l’histoire diplomatique.

Liste de mes dix ancêtres membres de l’Institut de France

1 ‒ Guillaume-François Rouelle (1703-1770), dit Rouelle l’aîné, membre de l’Académie des sciences (élu en 1744).

2 ‒ Hilaire-Marin Rouelle (1718-1779), dit Rouelle le cadet, frère du précédent, membre de l’Académie des sciences (élu en 1752).

3 ‒ Jean d’Arcet (1724-1801), gendre de Guillaume-François Rouelle, membre de l’Académie des sciences (élu en 1786), il en fut le directeur en 1793, peu avant sa suppression par la Convention (le 8 août 1793). Dès la création de l’Institut, il fut nommé par le Directoire exécutif, le 20 novembre 1795, membre de la nouvelle Académie des sciences.

4 ‒ Jean-Pierre, Joseph d’Arcet (1777-1844), fils du précédent, membre de l’Académie des sciences (élu en 1823).

5 ‒ Joachim Le Breton (1760-1819), gendre de Jean d’Arcet, membre de l’Académie des sciences morales et politiques (dès sa création en 1795), puis à celle des Beaux-Arts (lorsqu’elle fut créée en 1802), dont il fut le premier Secrétaire perpétuel (de 1803 à 1814).

6 ‒ Baron Jules Cloquet (1790-1883), membre de l’Académie des sciences (élu en 1855), gendre du précédent.

7 ‒ Philippe Antoine Grouvelle (1757-1806), gendre de Jean d’Arcet, membre associé de l’Académie des sciences morales et politiques (élu en 1796).

8 ‒ Jean-Jacques (dit James) Pradier (1790-1852), membre de l’Académie des Beaux-Arts (élu en 1827), gendre de Jean-Pierre, Joseph d’Arcet.

9 ‒ Paul Pradier-Fodéré (1827-1904), neveu du précédent, membre correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques.

10 ‒ Marcel Brion (1895-1984), membre de l’Académie française (élu en 1964), cousin par alliance de ma mère.

Un remarquable tableau de Boilly (1761-1845) représente cinq des dix membres de l’Institut cités ci-dessus (les numéros 3 à 7) : sur un premier rang Jean d’Arcet (entouré par ses deux filles Pauline et Julie) ; en dessous, son neveu Jean-Pierre, son fils Jean-Pierre Joseph, ses gendres Philippe Antoine Grouvelle et Joachim Le Breton. Ce tableau a malheureusement été vendu par Christie’s à Monaco le 2 juillet 1993, au décès d’une cousine. Ma mère s’était rendue à Monaco pour tenter de l’acheter, mais les enchères furent très élevées et elle dut renoncer. Cependant, elle fut très contente à cette occasion de prendre l’hélicoptère de Nice à Monaco et de Monaco à Nice ! Elle avait effectué son baptême de l’air en 1930, prit un hydravion en 1938 et effectué un premier vol en avion en réaction (pour se rendre en Inde) en 1958.

Précision. Jusqu’à une époque récente il n’était pas possible d’être titulaire d’un « fauteuil » à l’Institut si l’on n’habitait pas Paris, car dans ce cas l’on risquait de ne pas assister aux séances ; on ne pouvait donc qu’être associé ou correspondant de cette maison. Je crois que c’est Jean d’Ormesson qui, pour faire élire à l’Académie française Mme Yourcenar (qui habitait les États-Unis), fit modifier le règlement.

Liste des principaux membres de ma famille ayant publié des ouvrages

Charles Coffin (1676-1749), oncle d’un ancêtre à la 8e génération.
Edme-François Gersaint (1694-1750), mon ancêtre direct à la 8e génération.
Guillaume-François Rouelle (1703-1770), mon ancêtre direct à la 8e génération.
Jean d’Arcet (1724-1801), gendre du précédent.
Jean-Pierre d’Arcet (1774-1844), fils du précédent.
Charles d’Arcet (1807-1847), fils du précédent.
Philippe Antoine Grouvelle (1757-1806), gendre de Jean d’Arcet et petit-fils d’Edme-François Gersaint.
Philippe Grouvelle (1799-1866), fils du précédent.
Antoine Grouvelle (1843-1917), fils du précédent, mon arrière grand-père.
Joachim Le Breton (1760-1819), gendre de Jean d’Arcet.
Jules Cloquet (1790-1883), gendre de Joachim Le Breton.
Paul Pradier-Fodéré (1827-1904), neveu de James Pradier.
Camille Pradier-Fodéré, fils du précédent.
Egas Moniz Barreto de Aragao (1870-1924), cousin de Mme Marcel le Tourneau.
Marcel le Tourneau (1874-1912), mon grand-père, gendre d’Antoine Grouvelle.
Roger le Tourneau (1907-1971), frère du précédent.
Louis le Tourneau (1932-2022), fils du précédent.
Bertrand le Tourneau (né en 1937), un de mes cinq frères.
Dominique le Tourneau (né en 1942), un de cinq mes frères.
François-Régis le Tourneau (né en 1967), un de mes neveux.
François-Michel le Tourneau (né en 1972), petit-fils de Roger le Tourneau.
Maurice Travers (1871-1938), gendre d’Antoine Grouvelle.
Alban Laibe (1881-1956), gendre d’Antoine Grouvelle.
Hubert Beuve-Méry (1902-1989), cousin de mon père.
Marcel Brion (1895-1904), cousin par alliance de ma mère.
Liliane Brion (1916 -2006), cousine de ma mère.
Patrick Brion (né en 1941), mon cousin, fils des précédents.
Frank Margerin (né en 1952), mon cousin.

En ligne directe, il y eut au moins un auteur à chaque génération depuis le règne de Louis XV.
Mon père, Jean-Jacques le Tourneau n’a pas publié d’ouvrage mais seulement de nombreux articles de 1945 à 1955.

On trouvera plus haut une notice sur chacun des noms cités ci-dessus.

Ne sont pas mentionnés, dans la liste des principaux membres de ma famille ayant publié des ouvrages, les médecins dont le seul livre fut leur thèse. Tel est le cas de mon frère Xavier, de ma belle-sœur Agnès le Tourneau, de mes neveux les professeurs Thierry le T. (auteur de nombreux articles sur la génétique des pathologies cardio-vasculaires) et Christophe le T. (reconnu internationalement pour son expertise dans le domaine du développement de médicaments et pour la prise en charge des cancers ORL, a publié plus de 160 articles dans des revues internationales).